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Préfet d’Abidjan : démission d’un grand commis de l’Etat / Philippe Di Nacera

Mis à jour le 1 septembre 2020
Publié le 27/08/2020 à 2:06 , , ,
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Qu’est-ce qui a motivé la démission inattendue du préfet d’Abidjan, Vincent Toh Bi, qui depuis sa prise de fonction a donné un tour radicalement neuf à l’exercice de la noble tâche de représenter le gouvernement Ivoirien dans une zone définie du territoire, en l’occurrence le Grand Abidjan?

Peu, à ce stade, peuvent se targuer d’être dans la confidence. Sa rencontre, ce jour, avec le Premier Ministre, Hamed Bakayoko, devrait permettre d’en savoir plus.

Si on en reste pour le moment aux conjectures concernant cette démission inopinée, il y a d’autres choses que l’on peut dire sur ce préfet hors du commun, cet homme de devoirs s’il en est, humain, trop humain. Écrivant cela, je pèse mes mots. Car Vincent Toh Bi a eu de sa fonction une conception qui a franchement tranché et renouvelé l’exercice : le terrain, la proximité avec les populations, la pédagogie, pour expliquer sans relâche les décisions du gouvernement, prévenir les catastrophes, secourir ou réprimander, sensibiliser toujours, avec ce mélange de bonhomie et de rigueur qui a forcé le respect. Quitte à s’appuyer abondamment sur les réseaux sociaux, un outil qu’il découvrait mais qu’il a pressenti comme étant le moyen de communication efficace pour atteindre ses cibles. Et ça a marché. Le préfet Toh Bi était, avant sa démission, l’une des personnalités les plus influentes sur internet. Influente et appréciée d’une population du Grand Abidjan qui l’a vue à ses côtés, loin de son bureau, dans les épreuves, comme dans ses exercices favoris de prévention ou même quand il fallait sévir.

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La saison des pluies approche? Voilà le préfet, dans les quartiers précaires, qui parle aux populations, les incite à se protéger. Une coulée de boue emporte un quartier entier à Anyama? Le préfet est là pour coordonner les secours et réconforter les victimes. Les gnambros se déchirent et s’entretuent à Koumassi? Voici le préfet qui intervient courageusement sur la voie publique et les menace d’user de la force légitime de l’Etat s’ils ne cessent de terrifier les gens.

C’était cela, le préfet Toh Bi. Mais une telle façon d’être, ne peut venir que de loin. Je me souviens avec émotion d’une de ses publications dans laquelle il a raconté avec beaucoup de pudeur l’enfance du petit garçon pauvre qu’il était. Pas une enfance malheureuse. Une enfance dans le plus grand dénuement mais aussi dans la rigueur d’une éducation qui impose des valeurs et pose les fondations d’une vie tournée vers la compréhension des autres. Vincent Toh Bi a raconté cela non pour se dévoiler; il a osé le faire pour dire aux jeunes que le travail paie, que l’on peut devenir quelqu’un en ayant soif d’apprendre et avec de grands rêves.

Évidemment, ces manières nouvelles, qui pourtant ne retiraient rien à la scrupuleuse application des règles qui régissent sa charge ni sa loyauté intégrale au gouvernement qui l’avait nommé, ont pu indisposer une partie de sa hiérarchie et un corps préfectoral emprunt de traditions.

Je ne sais rien de la démission du Préfet Toh Bi. Ce que je sais de lui, je l’ai dit. Respect et admiration pour son travail, voici ce qui domine, alors que j’écris ces lignes. Le moment choisi (ou imposé) pour poser cet acte fort ne manque certes pas d’interroger. Quelqu’en soit la raison, légitime ou pas, professionnelle ou pas, une chose est sûre : Abidjan et ses habitants perdent aujourd’hui un grand préfet.

Philippe Di Nacera

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