Analyses

L’héritage de Trump : un 11 septembre tous les jours / Philippe Di Nacera

Mis à jour le 14 décembre 2020
Publié le 14/12/2020 à 9:30 , , , ,

En quatre ans, le Président Trump peut se prévaloir d’un bilan exceptionnel…. Rarement, en effet, un Président Américain aura transmis à son successeur un pays si mal en point et un peuple aussi divisé que déstabilisé.

Regardons de plus près.

D’abord en économie, soi-disant le domaine d’excellence de Trump, ce sur quoi il comptait pour afficher une arrogante auto-satisfaction pendant sa campagne électorale, c’est la catastrophe. Le chômage, qui a atteint jusqu’à 14, 7% de la population active au mois de mai 2020, est aujourd’hui stabilisé autour de 7%. Une amélioration qui ne cache pas la médiocrité de la performance : car après l’exploit de 2018 (3, 9%), les Etats-Unis sont touchés de plein fouet par la crise économique liée à la pandémie de coronavirus et connaissent désormais le chômage de masse. Une étude de l’Université de Colombia estime que, comme partout ailleurs, mais aggravé par l’absence de filets sociaux efficaces, 8 millions d’Américains ont plongé sous le seuil pauvreté depuis le déclenchement de la pandémie, portant à  environ 18% le taux de pauvreté.

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Le gestionnaire de génie que le Président Trump prétend être en prend tout de même un coup !

Ne pensez pas surtout que ce drôle président a su néanmoins protéger ses concitoyens, comme c’est son premier devoir. Au contraire, il les a mis en danger ! Les Etats-Unis restent le pays du monde où la COVID 19, avec à ce jour plus de 280 000 morts, fait le plus de ravages : 2500 à 3000 victimes du virus au quotidien… un 11 septembre tous les jours ! Si l’attaque terroriste qui a fait basculer le monde (officiellement 2977 morts) traumatisa bien logiquement tout le pays, l’on imagine ce que vit actuellement le peuple américain sous les coups tout aussi brutaux du coronavirus et le regard indifférent de son Président. En moins d’un an, le nombre de décès dus au coronavirus atteint plus de la moitié du nombre total de militaires Américains tués durant toute la seconde guerre mondiale (416 000). À qui doit-on les 2885 morts du 2 décembre, les 2857 morts du 3 décembre et les 2637 morts du 4 décembre  ? A celui des dirigeants qui, par désintérêt et incompétence, par cynisme à l’approche de l’élection présidentielle, et pire, par vantardise qui confine à la bêtise, a minimisé le danger et a refusé de prendre la mesure du risque encouru par les Américains. Ce dirigeant passif, menteur et dépourvu de toute forme d’empathie, adepte du « débrouillez-vous pour survivre »,  c’est Donald Trump. Ce Président a fui ses responsabilités. Il s’est assis au bord du torrent -la pandémie- pour regarder passer les corps de ses concitoyens.

L’homme d’action, expert en psychologie humaine qu’il se targue d’être, a frappé fort… oui mais sur ses « chers concitoyens » !

S‘est-il  alors au moins attaché à préserver ce qui fait l’identité profonde des États-Unis d’Amérique, à savoir leurs institutions, leur système démocratique et la fierté de tous d’appartenir à « cette première démocratie du monde » ? Là encore, Donald Trump s’avère être « en dessous de tout ». Le spectacle totalement inédit qu’il a donné durant l’élection présidentielle, ses mensonges, sa mauvaise foi, son refus d’accepter la réalité, c’est à dire sa défaite dans les urnes, laissent une Amérique sonnée, épuisée psychologiquement et morcelée comme rarement dans son histoire. Sans parler de son odieux comportement durant l’affaire Georges Floyd qui a élargi le fossé déjà béant entre la communauté noire et le reste du pays. Dès le premier jour de son installation à la Maison Blanche, il s’est d’ailleurs « assis » sur le respect des institutions et des règles de l’Etat de droit et n’a eu qu’un seul but, caresser son électorat très conservateur dans le sens du poil, en vue de sa réélection. Il n’y a qu’à voir comment il a piétiné le FBI, l’une des institutions les plus respectée des Etats-Unis, traditionnellement indépendante dans son fonctionnement, pour l’empêcher d’enquêter sur l’influence de la Russie sur son élection. Plus exactement, la façon dont elle a infiltré l’entourage direct du Président, faisant peser un lourd soupçon, si ce n’est une lourde hypothèque, sur cette présidence. Le comportement de Donald Trump jette le trouble sur la démocratie américaine au lieu de la protéger. Elle serait incapable, selon lui, son premier responsable, d’organiser une élection crédible. Aujourd’hui, la moitié des Américains, ses plus farouches partisans, pensent qu’ils vivent dans un système corrompu, avec un nouveau Président (le démocrate Joe Biden) tricheur et illégitime.

Le dirigeant visionnaire auto-proclamé laissera bien une trace, mais une trace en forme de cicatrice purulente que ses successeurs mettrons beaucoup de temps à soigner !

« Make America great  again », proclamait Trump dans ses meetings en 2016… Ce qu’il ne disait pas, c’est qu’il laisserait une américaine dont l‘image dans le monde est si dégradée que cette tâche reviendra en réalité à son successeur. Après son calamiteux passage à la Maison Blanche, on ne peut que souhaiter bon courage à Joe Biden qui, aujourd’hui, sera officiellement élu Président des Etats-Unis par le collège électoral.

Philippe Di Nacera

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