Analyses

Journée de la presse : grandeur et responsabilité / Philippe Di Nacera

Mis à jour le 13 mai 2019
Publié le 03/05/2019 à 7:40 , ,
La journée internationale de la presse nous rappelle que notre métier, le journalisme, est un métier indispensable à la démocratie. Elle nous rappelle qu’il ne se pratique pas partout avec une égale liberté et qu’il peut être risqué. Des hommes et des femmes sont morts en le pratiquant, avant nous, et toujours de nos jours. Elle nous rappelle enfin, à un an d’une échéance électorale majeure, les droits, les devoirs et les responsabilités de chacun.
Le métier de journaliste est un métier difficile, plus qu’on ne croit. D’abord parce qu’aujourd’hui, il est durement concurrencé. Avec les réseaux sociaux, tout le monde pense pouvoir être journaliste. Il suffit à n’importe qui de poster une photo sur FaceBook, y écrire un texte ou une pensée, rapporter ou relayer une information, et le tour est joué. Quand les choses sont directement vues, c’est le moindre mal. Si elles sont simplement entendues, c’est déjà beaucoup moins bien. Quand elles ne sont ni vues ni entendues, mais simplement relayées, alors c’est désastreux. Car une « fake news », c’est-à-dire une information non vérifiée ou fausse, a la même force, sur les réseaux sociaux, que les vraies informations. « Lu sur FaceBook » devient instantanément une vérité. Et plus cette « vérité » est relayée par les facebookeurs, plus ce qui n’est qu’une pseudo-information devient une certitude, et plus on s’enfonce dans la désinformation. Facebook n’est pas fiable en matière d’information sauf si la source est clairement identifiée.
Ensuite, la difficulté du métier de journaliste dépend de l’endroit où on le pratique. Il faut un degré élevé de maturité démocratique, à la fois du côté du peuple et du côté des gouvernants, pour que les journalistes soient libres d’exercer leur travail. Il y a des journalistes, aujourd’hui encore, qui sont battus, condamnés, emprisonnés, tués, parce que, simplement, ils font leur métier. En Côte d’Ivoire, il faut le souligner, il existe une presse d’opposition multiple qui ne mâche pas ses mots. Sur la toile, où tout (et quelque fois n’importe quoi) peut être dit, il existe une totale liberté. Notre pays est classé, en 2019, au 71ème rang sur 180 pays, en ce qui concerne la liberté de la presse, par l’ONG Reporters Sans Frontières. Il a progressé de 11 places. Il y a encore une marge de progression, notamment dans les rapports entre la presse et le monde politique. Nous avons connu quelques incidents ces dernières années. Ils ont conduit des journalistes à être interrogés ou mis en garde à vue. Cela ne devrait plus se reproduire. Mais personne ne peut dire ici que la liberté de la presse est en danger en Côte d’Ivoire. Dans un pays qui veut atteindre les critères de l’émergence, c’est crucial. Car l’émergence n’est pas qu’une croissance forte ou des investissements massifs, c’est aussi un ensemble de critères sociaux et politiques, dont le niveau d’éducation du peuple, l’offre de santé et la maturité du débat démocratique, font partie.
Ce qui précède, il faut le reconnaître, nous crée quelques obligations, à nous, journalistes. Cela nous oblige, d’abord et avant tout, à maintenir notre « avantage compétitif », c’est à dire notre crédibilité, en n’écrivant pas ce qui n’est pas. Nous oblige, aussi, à honorer la possibilité qui nous est faite d’exercer notre métier dans des conditions acceptables.
Alors, il convient d’appliquer rigoureusement les règles qui font qu’une information est une information. Posons-nous sans cesse la question : à quelles conditions « un son » ou une rumeur deviennent-ils une information? Et répondons-nous inlassablement qu’ils le deviennent s’ils sont scrupuleusement vérifiés avant d’être publiés. Voilà la première des responsabilités du journaliste.
Tordons le cou aux préjugés. Les préjugés trop souvent entraînent le journaliste sur des chemins sinueux, ceux de la malhonnêteté intellectuelle. La religion des faits, voilà la deuxième obligation de notre métier : les respecter et fidèlement les rapporter. L’interprétation, le commentaire, sont de droit, mais à part. Le journalisme d’opinion aussi est de droit et les journaux d’opinion font partie du jeu démocratique. Défendre une cause est honorable. C’est la première des libertés de la presse, la plus essentielle. Il convient en aucun cas de l’entraver. Mais le journalisme d’opinion, pour rester crédible, doit aussi conserver ses lettres de noblesse, c’est-à-dire une parfaite honnêteté intellectuelle en même temps que des convictions. On ne peut plus, dans une démocratie, tordre les faits au nom d’une cause. On ne devrait plus voir, quand la situation politique se tend, certains organes souffler sur les braises de la haine.
C’est la troisième de nos responsabilités. 2020 sera une année d’élection présidentielle. Les journalistes devront contribuer à un débat contradictoire, responsable et courtois. C’est aussi là que se joue l’amélioration des conditions d’exercice de notre beau métier de journaliste.
Philippe Di Nacera
Directeur de PôleAfrique.info
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