Société

Crise à la chefferie de Songon-Agban, l’affaire suspendue à la décision du Conseil d’État

Mis à jour le 2 avril 2024
Publié le 02/04/2024 à 3:41 , , ,

Une dévolution du pouvoir pourtant simple au regard des us et coutumes, s’est transformée en conflit ouvert entre fils et filles de Songon-Agban. Le Conseil d’État a été appelé à trancher.

Les habitants de Songon-Agban vivent depuis quelques jours dans la peur. Raison ? Cette banlieue abidjanaise est au cœur d’une crise de chefferie. Les catégories de la même génération n’arrivent pas à s’accorder sur la désignation du chef.

Selon des témoins, la coutume a bel et bien été respectée et un chef nommé par le patriarche du village. Alors, qu’est qui n’a pas marché ? Pour quelles raisons cette paisible localité se retrouve dans l’étau d’une crise de chefferie qui oppose des membres d’une même catégorie ? Retour sur le processus de désignation d’un chef en pays atchan, le cas de Songon-Agban.

Un chef désigné selon les us et coutumes en vigueur

Pour accéder au trône chez les Atchan, les quatre catégories (Djehou, dongba, Agban, et Assoukou) qui forment une génération, choisissent des candidats à l’issue du mandat de 15 ans du chef sortant. A préciser que les Djehou, étant constitués des plus âgés de la génération, ne gouvernent jamais.

Les candidats plébiscités sont conduits devant les doyens, Gnandoh, Dougbo et le patriarche. Ce n’est qu’après une enquête de moralité et des consultations avec les parties en présence que le patriarche désigne le chef. A préciser qu’il est possible que le patriarche ne désigne aucun des candidats proposés.

Dans ce cas, les générations devront faire de nouvelles propositions sur des critères prédéfinis. Dans le cas de Songon-Agban, des propositions ont été faites au patriarche. L’homme de 92 ans a désigné un chef, Aliman Akré Paul, contre l’assentiment d’une partie de la catégorie qui exige que son candidat soit plutôt désigné, au mépris des lois traditionnelles en vigueur.

Une crise qui vire à l’escalade

Voyant les esprits s’échauffer dans le village, le sous-préfet de la localité a demandé aux différentes parties de se retirer pour une concertation de 15 jours. Lors d’une rencontre au district d’Abidjan, le préfet d’Abidjan Goun Germain a demandé au chef désigné par le patriarche de rejoindre la dissidence. De quoi mettre de l’huile sur le feu.

Une autre réunion organisée au village quelques jours plus tard pour régler le contentieux va accoucher d’une souris. La dissidence rejette systématiquement le choix du patriarche. Beugré Jérôme, désigné comme chef par des membres de sa catégorie, décide d’utiliser la force pour s’installer.

Des maisons sont saccagées, des véhicules vandalisés et des personnes sommées de quitter le village, voici le quotidien des habitants de Songon-Agban. A cela s’ajoutent des taxes sur certaines cérémonies.

« J’ai payé 500.000 F pour faire les funérailles et enterrer mon frère décédé. Ce qui n’était jamais arrivé dans ce village. Certaines payent même jusqu’à 3 millions de FCFA. N’eut été l’intervention du sous-préfet Sery Jean-Marc, nous serions encore dans cette situation » s’est confiée à 7info, une habitante du village.

Un arrêté préfectoral frauduleux

Alors que l’affaire suit son cours. Une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux alarme les autorités. On peut voir sur l’extrait, le chef autoproclamé Beugré Jérôme, remettre un arrêté au sous-préfet Djiriga  Stéphane. Ce dernier est même surpris de voir le dissident détenir le précieux sésame.

Comment Beugré Jérôme a-t-il réussi, en pleine crise de chefferie, à obtenir des autorités administratives, une caution légale ? Le chef désigné et son équipe s’interrogent. Pour mieux vérifier la crédibilité du document, 7info a joint ce mardi 2 avril le ministère de la construction.

Il ressort qu’aucun signataire du nom de Beugré Jérôme n’est inscrit dans les registres de la localité. Mieux, plusieurs litiges découlant de documents frauduleux portant la signature du chef auto-proclamé, sont en délibéré au tribunal.

Pour résoudre l’affaire, l’équipe d’Akré Aliman Paul, désigné par patriarche, a décidé de saisir les juridictions compétentes. Ils ont d’abord saisi la préfecture d’Abidjan avant de se référer au Conseil d’Etat. La décision de l’instance est donc attendue, les jours qui suivent.

Pendant ce temps les partisans de Beugré Jérôme, eux, réclament le guide villageois mis sous séquestre par le chef sortant en attendant le règlement de la crise.

« Lorsqu’on fait un lotissement, le géomètre produit un guide qui est déposé au ministère de la construction, à la mairie, à la chefferie et chez les chefs de famille avec les noms des propriétaires des parcelles. Donc quand on achète un terrain, on inscrit le nom de l’acquéreur dans le guide pour signifier le changement de propriété. Les dissidents ont vendu des terres sans guide. Ils ont donc décidé d’investir le domicile du responsable du foncier pour réclamer le précieux document. Il s’en est suivi des échauffourées et des tensions dans le village. Des badauds ont plusieurs fois barré les routes du village. Le guide est chez l’administrateur séquestre. On attend le conseil d’État » s’est exprimé Akré Aliman Paul, l’homme qui porte le sceau de la désignation du patriarche.

Joint au téléphone, l’équipe de Beugré Jérôme, le chef autoproclamé, n’a pas souhaité faire de commentaire. Elle reste persuadée que « la décision du Conseil d’État se fera en sa faveur ». La tension est encore vive dans le village. Tous espèrent un dénouement heureux de la crise.

Eric Coulibaly

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