Les professionnels du 7ᵉ art ivoirien ont décidé de franchir un cap décisif. Réunis vendredi soir à Cocody Riviera Golf, producteurs, distributeurs, exploitants de salles, réalisateurs et autres acteurs majeurs ont officiellement lancé l’Association de l’Industrie du Cinéma et de l’Audiovisuel de Côte d’Ivoire (AICA-CI).
Cette nouvelle organisation ambitionne de structurer durablement le secteur sur l’ensemble de la chaîne de valeur, dans un esprit de complémentarité, de discipline et de professionnalisation. L’objectif est clair : mettre fin aux chevauchements de rôles, renforcer la collaboration entre les métiers et bâtir une industrie solide, compétitive et capable de rayonner au-delà des frontières nationales.
Abel Kouamé à la tête de l’AICA-CI

Figure clé de l’animation en Côte d’Ivoire, Abel Kouamé, réalisateur, producteur et Directeur général du studio Afrika Toon, a été porté à la présidence de l’AICA-CI.
Dans son intervention, il a expliqué les motivations profondes de cette initiative : fédérer l’ensemble des acteurs autour d’un idéal commun, celui du cinéma ivoirien. Selon lui, l’heure n’est plus aux initiatives dispersées, mais à la construction d’un cadre structurant capable d’organiser les métiers, de défendre les intérêts collectifs et d’anticiper les défis de l’industrie.
Vers une faîtière des associations du cinéma
Prenant la parole, Nancy Aka, Directrice Générale des Majestic Cinéma en Côte d’Ivoire, a tenu à clarifier l’esprit de la rencontre.
« Oui, effectivement, nous sommes conscients qu’il s’agit d’une énième association. Mais nous voulons qu’elle devienne l’association des associations », a-t-elle déclaré.
Pour elle, l’AICA-CI a vocation à être une véritable faîtière, un espace où tous les corps de métiers du cinéma et de l’audiovisuel pourront se retrouver pour aborder les vrais sujets et proposer des solutions concrètes.
« Nous ne voulons pas ressasser les problèmes du passé. Nous voulons tourner la page, repartir sur une feuille blanche et, nous-mêmes, en tant qu’acteurs professionnels de l’industrie, rédiger nos propres règles du jeu », a-t-elle insisté.
À long terme, l’objectif est de structurer l’écosystème, de le professionnaliser et de valoriser tous les métiers qui composent l’industrie. Il s’agit de créer une véritable chaîne de valeur, de la respecter, d’assumer collectivement les décisions prises et de bâtir une confiance durable entre les acteurs.
L’appel à la discipline et à la complémentarité
Parmi les voix marquantes de la soirée, celle de la distributrice Sonia Guiza a particulièrement retenu l’attention.
« On ne peut pas faire avancer un secteur de métier si on prend des raccourcis », a-t-elle affirmé, appelant à une organisation rigoureuse du circuit cinématographique.
Elle a insisté sur la nécessité de bâtir une chaîne de valeur claire, où chaque acteur assume pleinement son rôle : le producteur comme producteur, le réalisateur dans son champ de compétence, le distributeur dans sa mission, « sans se marcher dessus ».
Un message fort, qui traduit la volonté de mettre fin aux concurrences internes et aux conflits de positionnement, au profit d’une synergie constructive.
Le soutien du BURIDA et la question de la protection sociale
Présent à la rencontre, le représentant du Bureau Ivoirien du Droit d’Auteur (BURIDA) a salué cette dynamique de structuration et assuré que les portes de l’institution restent ouvertes pour accompagner l’initiative. Ce soutien institutionnel est jugé essentiel pour consolider les bases juridiques, économiques et réglementaires du secteur.
De son côté, le producteur Alex Ogou, a élargi le débat en lançant un appel à la mise en place d’une caisse de solidarité professionnelle et d’un mécanisme de couverture santé pour les acteurs du secteur.
« La première richesse, c’est l’homme », a-t-il rappelé, plaidant pour des projets d’envergure capables d’améliorer durablement les conditions de vie et de travail des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel.
Une mobilisation des figures du paysage audiovisuel
La rencontre a enregistré la présence de plusieurs figures connues du paysage audiovisuel ivoirien, notamment Willy Dumbo et Aba Zein, témoignant de l’intérêt et de l’engagement des différents segments de l’industrie pour cette nouvelle dynamique.
Sortir du cycle des hauts et des bas
Le cinéma ivoirien, depuis plusieurs décennies, évolue entre périodes d’essor et phases de recul. Ce constat, partagé par de nombreux intervenants, renforce la nécessité d’un cadre structurant fort.
« Nous voulons sortir de ce cycle. Nous voulons avancer dans une direction claire, avec discipline et constance », a souligné Nancy Aka, traduisant l’ambition d’inscrire l’industrie dans une trajectoire durable.
Avec la naissance de l’AICA-CI, le cinéma ivoirien franchit ainsi une étape importante vers sa structuration industrielle. Reste désormais à transformer cette volonté collective en actions concrètes : organisation des métiers, renforcement des capacités, protection sociale, respect des circuits de distribution et conquête de nouveaux marchés.
L’enjeu est de taille : faire du cinéma ivoirien non seulement un vecteur culturel majeur, mais aussi une véritable industrie créatrice de valeur et d’emplois, capable de s’imposer sur la scène africaine et internationale.
Tristan E. SAHI













