Selon les données de Sika Finance, le marché des titres publics de l’UEMOA connaît une année 2025 intense. À fin août, les huit États membres ont déjà levé près de 8 600 milliards FCFA, soit presque le niveau total mobilisé en 2024. Tout savoir de ce qui s’est passé sur le marché obligataire.
Ce flux traduit un besoin de financement élevé, mais aussi la capacité des investisseurs à absorber de gros volumes.
Pour certains pays, cette dynamique se paie toutefois cher.
Les investisseurs, prudents face aux risques macroéconomiques et sécuritaires, exigent des primes plus importantes.
Le marché devient ainsi plus sélectif, avec des écarts de rendement marqués selon les émetteurs.
La dette locale grimpe, le coût augmente
La dette domestique prend une place grandissante dans le financement des États.
Mais elle a un prix : les rendements explosent. Seuls le Bénin et la Côte d’Ivoire échappent à cette tendance grâce à la confiance maintenue des investisseurs.
Le Niger, confronté à une situation économique et sécuritaire tendue, paie le prix fort.
Le 18 août, le Trésor nigérien a dû proposer un rendement record de 11,07 % sur une maturité d’un an pour attirer des fonds.
Même après un léger répit au deuxième trimestre, ce pic illustre la perception de risque persistante sur ce marché.
La Guinée-Bissau subit également la pression.
Son ratio d’endettement élevé, estimé à 81 % du PIB en 2024, alimente la méfiance des prêteurs.
Les obligations à trois ans voient leurs rendements progresser, traduisant des marges budgétaires étroites.
Des trajectoires contrastées : Burkina Faso et Mali
Le Burkina Faso réussit à limiter partiellement la hausse des taux, avec des rendements compris entre 7,18 % et 9,80 %.
Sa discipline dans la gestion des adjudications rassure les investisseurs.
Le Mali, au contraire, peine à stabiliser ses rendements.
Malgré un repli au fil du premier semestre, la dernière émission à trois ans a grimpé à 9,21 %, révélant une perception de risque encore forte.
Côte d’Ivoire : la confiance des investisseurs préservée
Parmi les meilleures signatures de la zone, on retrouve le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Togo.
La Côte d’Ivoire se distingue par une stabilité remarquable.
Ses taux oscillent entre 5,00 % et 7,71 %. L’écart avec le Bénin s’explique surtout par le volume de fonds levés.
A LIRE AUSSI : UEMOA : plus d’un million de nouveaux comptes bancaires en 2024.
Le Sénégal, malgré un endettement élevé (119 % selon Barclays), maintient des rendements maîtrisés. Le Togo conserve une position intermédiaire sur le marché.
Cette situation illustre la prime accordée aux pays les plus solides.
À l’inverse, les économies fragilisées, comme le Niger, le Mali ou la Guinée-Bissau, subissent des coûts d’emprunt plus élevés.
Perspectives : tensions et vigilance
Le marché obligataire de l’UEMOA révèle un déséquilibre croissant.
Les États ont des besoins massifs de financement, mais les investisseurs imposent désormais leur loi.
Les rendements restent élevés à court terme, renforçant la pression sur les finances publiques.
Pour la Côte d’Ivoire, maintenir la confiance est essentiel.
La stabilité financière et la crédibilité des émissions publiques détermineront la capacité du pays à contenir le coût de sa dette et à continuer de mobiliser des ressources à des conditions favorables.















