Côte d’Ivoire international

La Banque Mondiale tance les autorités sur les travers dans le transport

Mis à jour le 11 avril 2019
Publié le 11/04/2019 à 1:59 , , ,

Selon le récent rapport de la Banque Mondiale, le secteur du transport peut accélérer la croissance économique en Côte d’Ivoire. Mais pour cela, il faudra résorber le problème de la mobilité urbaine. Le document fait donc des recommandations pour un secteur du transport dynamique, à partir d’une enquête de terrain.

Ce rapport est produit chaque année. La Banque Mondiale révèle les statistiques de la croissance économique de chaque pays en s’appuyant sur plusieurs facteurs. En ce qui concerne la Côte d’Ivoire, le document s’est appuyé sur des moteurs de croissance, susceptibles de porter l’économie du pays. Pour l’institution, le transport est un secteur vaste à explorer par rapport aux autres domaines d’activités qui n’ont pu donner les résultats escomptés.

« Les secteurs porteurs comme la finance, les industries extractives, l’énergie et les télécommunications se sont montrés moins dynamiques, même si le transport et la construction ont continué à bien se porter. L’Etat a également mieux maîtrisé ses dépenses durant cette période, tandis que la balance commerciale s’est dégradée à cause de termes de l’échange négatifs et d’une performance moins favorable des exportations agricoles. Au final, le secteur public et le secteur externe ont moins soutenu la croissance, et la contribution du secteur privé a été plus contrastée » ont ainsi analysé de manière globale, les experts de la Banque Mondiale.

Mais le secteur du transport ivoirien parcouru par le rapport de la Banque Mondiale, présente plusieurs faiblesses. Si l’Etat de Côte d’Ivoire a décidé à travers le projet Grand Abidjan Mobilité (GAM), de régler définitivement le problème de la circulation à Abidjan, il n’en demeure pas moins que sa mise en œuvre, rencontre quelques difficultés. La Banque Mondiale, les situe à trois niveaux.

« Trois raisons principales expliquent les difficultés de mobilité dans la ville d’Abidjan.

La première tient aux déficiences des infrastructures de transport. Si les routes y sont plus nombreuses que dans la majorité des grandes villes africaines, leur distribution est inégale sur le territoire et elles se dégradent rapidement. Les embouteillages se concentrent autour de quelques points névralgiques, qui sont aggravés par la morphologie de la ville coupée en deux parties sur une longue distance par la lagune (Ebrié) et par une mauvaise gestion de la circulation. La deuxième raison est la quasi-absence de transport public à Abidjan, qui représente moins d’un déplacement sur 10 (le bus généralement), soit environ 4 fois moins que dans une ville de même taille en Europe. Aujourd’hui, environ 40 % des déplacements se font à pied, comme dans les principales villes européennes. Enfin, la troisième raison des difficultés de mobilité urbaine tient au manque de respect des règles, avec un nombre élevé d’infractions au Code de la route, qui sont en outre rarement sanctionnées. De nombreux véhicules rejettent également plus d’huile que d’essence dans l’atmosphère malgré l’inspection annuelle imposée par les autorités. L’occupation des voies ne correspond pas à celle d’une ville moderne » précise le rapport.

Cet état de fait démontre que le secteur du transport renferme d’énormes potentialités à explorer. Il s’agira pour l’Etat de Côte d’Ivoire de travailler de sorte à renforcer le transport public au détriment du privé, qui se taille la grande part du gâteau. Pour y arriver, le gouvernement a d’ores et déjà, décidé de renforcer le parc automobile de la SOTRA, première entreprise de transport public en Côte d’Ivoire. Sur les 2000 bus prévus d’ici à 2020, 1000 ont déjà été livrés. Le montage et l’assemblage de minibus, sont aussi en cours de réalisation pour tenir la concurrence face aux minicars communément appelés « Gbaka ».

Dynamiser ce secteur, c’est soutenir la croissance économique en proie au ralentissement depuis quelques années. Et les statistiques révélées par le document de la Banque Mondiale, sont explicites.

« Abidjan est une ville piétonne, ce qui est certainement une bonne nouvelle pour l’environnement mais moins pour l’économie de la ville. Environ 40% des déplacements quotidiens se font en marchant, ce qui est la norme dans la plupart des villes africaines et ultimement guère éloigné des proportions observées dans les villes développées. On marche tout autant à Paris (42% en 2010) ou Berlin (34%). La différence est qu’à Abidjan ce mode de transport est plus imposé qu’un choix pour les individus, en particulier les plus pauvres qui effectuent 60% de leurs déplacements à pied, alors que cette proportion diminue à environ 25% pour les plus riches. Plus pervers est que les plus pauvres renoncent souvent à se déplacer. En moyenne, à Abidjan, un ménage pauvre se déplace 5 fois par jour contre 7-8 fois pour les plus riches » révèle le rapport.

Ainsi pour un secteur de transport dynamique, certains investissements sont nécessaires. L’institution a donc fait des propositions. Une sorte de boussole afin de permettre au gouvernement ivoirien de mieux orienter sa politique sur la mobilité urbaine, qui aura à coup sûr un impact sur les inégalités sociales, car les pauvres évitent de se déplacer par faute de moyens.

« Améliorer la mobilité urbaine représente un enjeu majeur pour la Côte d’Ivoire compte tenu de son importance pour l’accessibilité aux emplois et aux services, du poids du transport dans les dépenses des ménages, de son impact sur la compétitivité des entreprises et de son influence sur la qualité de vie. Si les dépenses que les ménages urbains consacrent à leurs déplacements diminuaient de 20%, le pays pourrait gagner près de 800 millions de FCFA par jour et avec les effets induits sur les coûts des entreprises, cela pourrait amener à un gain de 1,9% par an sur la croissance économique. Ces gains seraient proportionnellement plus importants pour les ménages les plus pauvres, qui pourraient en outre accéder plus facilement à des emplois et aux services sociaux de base. L’expérience internationale démontre que trois éléments sont essentiels pour améliorer la mobilité urbaine dans une ville comme Abidjan. En premier lieu, il faut définir une vision claire en matière d’aménagement du territoire dans laquelle doit s’intégrer la problématique du transport urbain. Le deuxième élément est de mettre en place un système de transport qui répond aux besoins de ses usagers à un coût abordable. Enfin, le troisième ingrédient est que ce système soit soutenable tant économiquement qu’écologiquement en incorporant les nouvelles technologies » résume en quelques lignes le document de 61 pages.

La feuille de route proposée par la Banque Mondiale à la Côte d’Ivoire pour réussir son projet « Grand Abidjan Mobilité », est désormais connue. L’échangeur de l’amitié ivoiro-japonaise, le quatrième pont devant relier la commune de Yopougon à celle du Plateau, le pont de Cocody, l’élargissement du Boulevard de Marseille, l’échangeur de la Palmeraie ou encore le métro d’Abidjan et la voie de contournement Y4 sont autant de projets qui démontrent que les autorités ivoiriennes, sont en passe de réussir ce pari. Le souci à présent, veiller à la qualité des infrastructures, afin de ne pas ruiner les efforts consentis, pour le développement du pays.

Éric Coulibaly

Poleafrique.info 

 
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