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Exclusif | Mossadeck Bally, PDG du groupe Azalaï : « notre réussite repose sur le savoir-faire africain »

Mis à jour le 8 juin 2021
Publié le 08/06/2021 à 6:00 , ,

Le malien Mossadeck Bally, PDG du groupe hôtelier Azalaï est assurément un exemple pour beaucoup d’entrepreneurs africains. De passage à Abidjan dans le cadre d’un forum économique, il a accordé un entretien à 7info.ci le mercredi 2 juin 2021. Il revient sur son parcours et révèle les difficultés liées à l’entrepreneuriat en Afrique.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le groupe Azalaï hôtel ?

Azalaï est un groupe hôtelier panafricain, qui a vu le jour en 1994. Notre société a  dix unités  réparties dans six pays de la sous-région. Ce sont  le Mali, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau, le Bénin, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, Azalaï a des projets d’extension en Guinée Conakry, au Niger et au Cameroun.

Vous faites partie des rares Africains à avoir réussi dans ce domaine. Pensez-vous que l’industrie hôtelière puisse participer au développement socio-économique de l’Afrique ?

Les Africains sont les seuls à pouvoir  développer leur continent. Plus nous développons le nôtre, plus les investisseurs étrangers viendront nous accompagner. À mes débuts, on m’a déconseillé de me lancer dans l’industrie hôtelière sous prétexte qu’il n’était pas destiné aux Africains. La seconde raison se situait au niveau des capitaux, car en vérité, il faut beaucoup de moyens pour réussir dans ce domaine. En 26 ans, nous avons investi plus de 200  milliards FCFA.

Qu’est-ce qui différencie Azalaï des groupes hôteliers occidentaux ?

Il faut de la technicité. Nous avons des Africains dans nos hôtels. C’est ce qui fait notre différence. Nous croyons en nos capacités. Nous misons sur l’hospitalité africaine parce que nous sommes africains. Cette hospitalité est dans notre ADN. Les hôtels Azalaï sont gérés en fonction des standards internationaux.

Avec beaucoup de professionnalisme, de rigueur, une âme africaine et une culture africaine, l’on se retrouve dans la décoration,  la gastronomie, mais aussi dans la façon dont nous accueillons nos clients.

Cela nous a permis de rivaliser avec des mastodontes du secteur. Nous avons fait notre petit chemin avec beaucoup de travail, de résilience et de vision. Une preuve qui montre que les Africains sont capables de faire de grandes choses.

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Comment réussit-on à créer un hôtel de luxe comme Azalaï? Quels sont les paramètres à prendre en compte ?

C’est complexe. D’abord,  il faut faire une étude de marché pour s’assurer qu’il y a une demande. Une fois à la conclusion, il faut chercher l’espace pour construire l’hôtel. Après  l’on procède à la viabilisation de l’espace. Des visites techniques sont engagées  avant le déroulement du chantier.

En Afrique, la durée moyenne d’un projet hôtelier entre le moment où l’on décide d’investir et le démarrage de la construction se situe entre trois ou quatre ans si on est vraiment performant. Sinon on peut aller jusqu’à 7 ou 8 ans.

Le recrutement des collaborateurs se fait juste après l’ouverture. Notons que cinq ou six mois avant l’ouverture de l’Hôtel, les collaborateurs sont formés. La dernière phase consiste à se lancer dans les actions publicitaires. Sachez que l’hôtel est une industrie complexe. Cette complexité ne nous empêche pas d’offrir le meilleur à notre clientèle.

Le secteur hôtelier est frappé de plein fouet par la crise sanitaire du coronavirus. Comment Azalaï réussit-il à amortir le choc ?

Quand la pandémie est arrivée dans la sous-région en mars 2020, nous étions obligés de fermer nos dix hôtels. Une situation qui a plongé nos collaborateurs dans le chômage.

Malheureusement, nous n’avons pas de filets sociaux dans nos pays. Quand  vous perdez votre job, vous perdez votre revenu parce qu’il n’y a pas d’assurance chômage comme dans les pays développés.

Les hôteliers en Europe ont des salaires payés par l’État. Ce qui n’est pas le cas  en Afrique. Nous avons serré  la ceinture pour faire face aux charges fixes, notamment les salaires en attendant une reprise économique d’ici à 2022.

Vous êtes un exemple de réussite pour les Africains. Vous avez beaucoup d’expérience dans le domaine de l’entrepreneuriat. Quels conseils pouvez-vous donner aux jeunes entrepreneurs africains ?

Une seule chose, lancez-vous. Ce n’est pas facile, mais faites-le. L’écosystème en Afrique ne facilite pas l’entrepreneuriat, mais croyez-moi, c’est la meilleure option pour les jeunes.

Aujourd’hui nos États ne créent pas  d’emplois. Ils ne recrutent pas. Nos nations  doivent être des États stratèges, des États qui mettent en place des cadres législatifs pour s’assurer qu’il y a une justice équitable en termes de financements et de crédits. C’est seulement à cette condition que nous pourrons accélérer le développement du continent.

Propos recueillis par Eric Coulibaly

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