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Cameroun, violences et inquiétudes après la réélection contestée de Paul Biya

Mis à jour le 28 octobre 2025
Publié le 28/10/2025 à 12:06 , , , , , ,

La proclamation de la victoire de Paul Biya, 92 ans, pour un huitième mandat consécutif à la tête du Cameroun a déclenché une vague de protestations dans plusieurs villes. L’opposition dénonce une « mascarade électorale », tandis que les forces de sécurité tentent de contenir des tensions grandissantes.

La réélection du président camerounais Paul Biya, annoncée lundi 27 octobre par le Conseil constitutionnel, plonge le pays dans un climat de fortes tensions.

À 92 ans, le plus vieux chef d’État en exercice au monde a été reconduit pour un huitième mandat. Il a obtenu 53,66 % des voix selon les résultats officiels.

Une victoire « sans surprise », mais aussitôt contestée par son principal adversaire, Issa Tchiroma, crédité de 35,19 % des suffrages.

Ce dernier dénonce une « mascarade orchestrée par une dictature pure et dure ».

Des violences éclatent dans plusieurs villes

À peine les résultats proclamés, des manifestations ont éclaté dans plusieurs grandes villes, notamment à Douala et Garoua, bastions de l’opposition.

À Douala, la situation reste particulièrement tendue dans le quartier populaire de New Bell.

Le dimanche 26 octobre 2025, des affrontements avaient déjà fait quatre morts selon les autorités locales.

Depuis, l’armée et la police ont renforcé leur présence, multipliant les patrouilles et les contrôles.

Des tirs de gaz lacrymogène ont été signalés pour disperser des groupes de jeunes scandant « Non au vol électoral ! ».

À Garoua, dans le nord du pays, la résidence d’Issa Tchiroma est désormais encerclée par des centaines de ses partisans.

Pour le chef de file de l’opposition, des tireurs d’élite ont été postés sur les toits voisins.

« Le régime veut nous intimider, mais le peuple camerounais ne se laissera plus confisquer sa voix », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse.

Plusieurs de ses collaborateurs ont été arrêtés dans la soirée du lundi 27 octobre 2025.

La peur d’une escalade

Ces nouveaux soulèvements surviennent dans un contexte particulièrement fragile.

Le Cameroun fait face à de profondes difficultés économiques et sociales, aggravées par des tensions communautaires et des conflits persistants dans les régions anglophones du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, où des groupes séparatistes affrontent régulièrement l’armée.

Des organisations de la société civile appellent au calme. Elles redoutent une escalade de la violence.

« Le pays ne peut pas se permettre une nouvelle crise politique. Il faut ouvrir le dialogue et respecter la volonté populaire », plaide un collectif d’avocats et d’intellectuels camerounais dans un communiqué.

Un pouvoir de plus en plus contesté

Arrivé au pouvoir en 1982, Paul Biya détient désormais l’un des plus longs mandats présidentiels du monde.

Malgré son âge avancé et des appels répétés à la transition, le président camerounais conserve un contrôle serré sur l’appareil d’État et l’armée.

Pour de nombreux observateurs, cette nouvelle élection ne fait que renforcer le sentiment d’impasse politique.

« Le Cameroun entre dans une zone de turbulences dont il sera difficile de sortir sans réformes profondes », estime un analyste politique basé à Yaoundé.

Alors que la tension reste vive et que l’opposition promet de maintenir la pression, le pays tout entier retient son souffle.

Les populations craignent que ces premiers affrontements n’annoncent une crise politique majeure.

Tristan Sahi

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