La Côte d’Ivoire a officiellement lancé mardi 25 novembre 2025 la 35ᵉ édition des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre. Françoise Remarck, ministre de la Culture et de la Francophonie, représentant Nassénéba Touré, a affirmé que la violence faite aux femmes « est la violation des droits humains la plus honteuse et la plus tolérée de notre temps ».
Des représentants du Système des Nations Unies, du corps diplomatique, des partenaires techniques et financiers, aux chefs traditionnels, guides religieux, organisations féministes étaient présents à cette rencontre.
Face à eux, Françoise Remarck a rappelé que les violences faites aux femmes « ne sont pas des faits divers ».
Mais plutôt « l’ennemie numéro un de la cohésion sociale et du développement ».
Le thème national de cette année est « tous unis contre les violences numériques et les féminicides : Prévenir, Protéger, Dénoncer ».
Il met en lumière l’ampleur des agressions en ligne. Selon les estimations évoquées par la ministre, près de 90 % des contenus illicites diffusés sur Internet visent les femmes.
Tout chose qui, explique-t-elle, est révélateur de ce qu’elle appelle une « pandémie de misogynie 2.0 ».
Les formes de cyber violence – insultes, menaces, cyber harcèlement, diffusion non consentie d’images intimes, deepfakes – provoquent des dégâts bien réels.
Elles poussent également un nombre croissant de femmes à quitter l’espace public.
L’autre défi demeure celui des féminicides. Plus de 9 600 cas de violences basées sur le genre ont été déclarés et pris en charge en 2024 en Côte d’Ivoire.
Les meurtres de femmes par un conjoint, un ex-partenaire ou un proche sont en hausse.
Pour Françoise Remarck, les féminicides représentent « l’expression la plus barbare du déséquilibre de pouvoir entre hommes et femmes ».
Il doit être nommé, reconnu, traqué et puni avec la plus grande fermeté, dit-elle.
Malgré la gravité de la situation, des progrès importants ont été soulignés. Le taux de mutilations génitales féminines est passé de 36,7 % en 2016 à 21 % en 2022.
Le mariage d’enfants a aussi reculé de 32 % à 23 %.
Selon la ministre, ces avancées démontrent que le changement est possible lorsque la prévention, l’éducation et les actions communautaires sont coordonnées de manière constante.
La Côte d’Ivoire a également renforcé son dispositif de protection.
Désormais dans le pays, il y a une loi dédiée à la protection des victimes, un Code pénal révisé, 95 plateformes multisectorielles de lutte contre les VBG.
Il y a également 33 bureaux d’accueil genre dans les commissariats et brigades de gendarmerie.
Autant d’éléments qui constituent aujourd’hui le socle institutionnel mis à la disposition des survivantes.
Françoise Remarck insiste sur la nécessité de créer un environnement où chaque victime se sent accueillie, accompagnée et jamais jugée.
Elle lance aussi un appel à la responsabilité citoyenne. Pour elle, la lutte contre les VBG ne peut être gagnée sans la participation de tous.
« Face aux violences basées sur le genre, le silence n’est pas une option », martèle-t-elle. Voir, entendre ou suspecter une violence impose d’agir, d’alerter et d’accompagner.
La campagne des 16 jours d’activisme doit être plus qu’un événement annuel, exhorte l’intervenante.
Elle doit inspirer une transformation durable des comportements, des pratiques sociales et des politiques publiques.
Tristan Sahi















