La Iran Human Rights (IHR) et Ensemble contre la peine de mort (ECPM) tirent la sonnette d’alarme. Dans leur rapport annuel publié ce lundi 13 avril, les deux organisations révèlent une hausse spectaculaire du recours à la peine capitale en Iran, avec au moins 1 639 exécutions enregistrées en 2025. Un niveau inédit depuis 1989.
Le chiffre marque une hausse de 68 % par rapport à 2024, où 975 personnes avaient été exécutées. En moyenne, plus de quatre personnes ont été mises à mort chaque jour en 2025, illustrant une accélération sans précédent du recours à la peine capitale.
Selon les ONG, il s’agit du niveau le plus élevé observé depuis le début de leurs relevés systématiques, notamment pour l’IHR qui documente ces données depuis 2008.
Les infractions liées à la drogue en première ligne
Le rapport souligne que près de la moitié des exécutions concernent des personnes condamnées pour des infractions liées à la drogue. Une tendance persistante en Iran, où ces délits sont passibles de la peine capitale, malgré les critiques internationales dénonçant des condamnations souvent disproportionnées.
Une hausse notable des exécutions de femmes
Autre fait marquant : 48 femmes ont été exécutées en 2025, soit le chiffre le plus élevé depuis plus de vingt ans. Cela représente une augmentation de 55 % par rapport à 2024.
Dans au moins 21 cas, les femmes avaient été condamnées pour le meurtre de leur conjoint ou fiancé, des situations souvent décrites par les ONG comme liées à des contextes de violences domestiques.
Exécutions publiques et climat de peur
Si la majorité des exécutions ont eu lieu à l’intérieur des prisons, les exécutions publiques ont fortement augmenté, passant à 11 en 2025, soit plus du triple de l’année précédente.
Pour Mahmood Amiry-Moghaddam, cette stratégie vise clairement à instaurer un climat de terreur :
« En semant la peur, les autorités ont tenté d’empêcher de nouvelles manifestations. »
Répression politique et manifestations
Le rapport établit un lien direct entre l’intensification des exécutions et la situation politique interne. Après les manifestations de janvier 2026, durement réprimées, des centaines de manifestants arrêtés risquent toujours la peine capitale.
Depuis le début du conflit opposant l’Iran à Israël et aux États-Unis le 28 février, au moins sept personnes liées à ces manifestations ont déjà été exécutées.
Les minorités particulièrement ciblées
Les ONG dénoncent également une surreprésentation des minorités ethniques parmi les personnes exécutées. Les Kurdes, dans l’ouest du pays, et les Baloutches, dans le sud-est, sont particulièrement touchés.
Selon Raphaël Chenuil-Hazan, « la peine de mort est utilisée comme un outil politique d’oppression et de répression ».
Un outil de contrôle du pouvoir
Au-delà des chiffres, le rapport met en évidence une tendance lourde : l’usage de la peine capitale comme instrument de contrôle social et politique. Les ONG alertent sur le risque d’une intensification de cette pratique, notamment si le régime parvient à se maintenir face aux tensions internes et régionales.
Dans un contexte marqué par les crises politiques et les conflits au Moyen-Orient, la peine de mort apparaît plus que jamais comme un levier central de la stratégie répressive des autorités iraniennes.
Tristan Eugène SAHI













