Invité de Chaine 7info, Maurice Kakou Guikahué, actuel vice-président et ancien secrétaire exécutif du PDCI-RDA, revient avec franchise sur les choix stratégiques de son parti et les tensions internes qui l’ont récemment conduit à démissionner de son poste de conseiller politique. Il livre également une analyse sans détour de la situation politique, mais aussi de ses propres ambitions et frustrations. Morceau choisi.
Vous avez souvent critiqué le fonctionnement de la Commission électorale indépendante. Diriez-vous que des progrès ont été réalisés ?
Oui, sur le plan du fonctionnement, il y a une nette amélioration, surtout en matière de communication. Le président actuel de la CEI communique mieux que ses prédécesseurs.
Les résultats ont aussi été annoncés assez rapidement…
Oui, même si cela pourrait être encore plus rapide. Grâce au système de remontée des résultats bureau de vote par bureau de vote, via les tablettes et les procès-verbaux, le centre sait presque tout en temps réel. Les retards viennent souvent de l’acheminement des agrégats par les commissaires régionaux.
Faut-il maintenir la CEI dans sa forme actuelle ou la réformer ?
Le PDCI propose depuis 2017 une CEI apolitique, comme au Ghana. Une structure administrative neutre, accompagnée d’un comité de contrôle composé des partis politiques. Les partis supervisent les procédures sans intervenir dans l’organisation pratique.
Le taux de participation dépasse à peine 50 %. Votre réaction ?
Avec le boycott de certains partis, il ne fallait pas s’attendre à plus. Déjà dépasser 50 %, c’est une prouesse. Et rappelons qu’en Côte d’Ivoire, il n’y a pas d’obligation de vote.
Vous reconnaissez les résultats annoncés par la CEI et validés par le Conseil constitutionnel ?
Oui. Une fois que le Conseil constitutionnel a tranché, je reconnais la décision. Le parti peut commenter, mais sur le plan institutionnel, c’est clair.
Le PDCI est resté relativement silencieux, contrairement au PPA-CI qui ne reconnaît ni le processus ni le résultat. Votre avis ?
Je m’aligne sur la position du PDCI. Je n’ai pas d’opinion personnelle à exprimer publiquement sur ce point.
Jean-Louis Billon a reconnu sa défaite et félicité le Président Ouattara. Qu’en pensez-vous ?
C’est un geste démocratique et honorable. C’est ce que nous devons encourager.
L’écart entre le Président Ouattara (près de 90 %) et M. Billon (3,07 %) vous surprend-il ?
Non. M. Billon est allé en indépendant et a ensuite été rejoint par le CODE. Cela a troublé certains militants du PDCI. Sa démarche n’était pas lisible pour tout le monde.
L’avez-vous soutenu ?
Non. Nous nous connaissons, mais je n’ai été associé ni de près ni de loin à son projet.
Craignez-vous pour l’avenir du PDCI ?
Je n’ai pas de crainte particulière, mais je constate un manque de transparence et une certaine opacité dans la gouvernance. Cela m’a conduit à démissionner.
Des exemples ?
Prenons la sélection des candidats pour les législatives. Le calendrier disait que la liste devait être publiée le 10 novembre. Nous sommes le 13, et rien n’a été publié. C’est un manque de respect pour ceux qui ont déposé des dossiers.
Le parti est-il fracturé ?
Il est traversé par un groupe de militants très agressifs, qui passent leur temps à insulter les cadres. C’est une nouvelle dérive inquiétante.
Est-ce pour cela que vous êtes sorti du silence ?
Non. J’ai toujours eu ma place, mais il n’y avait plus de tribune. Aujourd’hui, avec les législatives qui arrivent, il fallait parler.
Étiez-vous d’accord avec la stratégie du PDCI lors de la présidentielle ?
Non. Le PDCI aurait pu décider de ne pas participer, mais pas être absent pour des raisons administratives concernant un candidat. Ce n’est pas dans nos habitudes. Le président Bédié nous a toujours appris à éviter la politique de la chaise vide.
Le parti participe aux législatives. N’est-ce pas contradictoire ?
Ce sont deux élections différentes. Le PDCI ne peut pas se permettre d’être absent du Parlement.
Comment jugez-vous l’action de M. Tidjane Thiam ?
Il a sa méthode. Il inspire et oriente, mais l’absence de concertation et le manque d’organes opérationnels posent problème. Par exemple, l’alliance avec le PPA-CI n’a pas été validée par le bureau politique, ce qui n’est pas conforme à nos traditions.
Est-ce un jugement critique ?
J’observe des insuffisances, surtout dans la concertation. Ce n’est pas une attaque, c’est un constat.
Retranscrit par Tristan Sahi













