Côte d’Ivoire

John Pololo : 26 ans après sa mort, du mythe urbain à la tragédie l’histoire du Boss des loubards

Mis à jour le 13 janvier 2026
Publié le 13/01/2026 à 12:46 , , , , ,

13 janvier 2000 – 13 janvier 2026, voici aujourd’hui 26 ans que Sahiri Gnédré Lazare, alias John Pololo, a été exécuté sous la junte du général Robert Guéi. Figure controversée mais incontournable de l’Abidjan des années 1990, ce loubard n’était pas un homme ordinaire. 

 

À Abidjan, son nom circulait dans les rues, les maquis et les quartiers populaires comme une légende vivante.

Gangster redouté, icône de la pègre abidjanaise, il était aussi, paradoxalement, une figure culturelle majeure, reconnu comme l’inventeur du ‘’Logobi’’, ce genre musical et cette danse codifiée qui signifient en nouchi « faire le malin ».

Beau, élégant, toujours vêtu de pulls et de baskets soigneusement choisis, John Pololo incarnait un style.

Son allure de bad boy, mêlant séduction et défi, imposait le respect autant que la crainte. Pratiquant d’arts martiaux, excellent danseur, il fascinait par sa prestance et sa maîtrise du corps.

Mais derrière l’esthétique se cachait un homme profondément ancré dans le grand banditisme.

Entouré de « gros bras », John Pololo dominait par la force mais surtout par la parole. Sa tchatche, son éloquence et sa capacité à prendre l’ascendant psychologique faisaient de lui un personnage redouté.

Teigneux, combatif, amateur de rixes de rue, il ne reculait devant personne. Abidjan tout entière parlait de lui.

Au-delà de la violence, son influence culturelle est indéniable. John Pololo est considéré comme l’un des pères du nouchi, qu’il a enrichi de nombreux néologismes, contribuant à sa popularité.

Il a aussi imposé une démarche, une manière de s’habiller, un état d’esprit. Plusieurs artistes africains reconnaîtront plus tard lui devoir une part de leur inspiration et de leur notoriété.

Mais la fin des années 1990 marque un tournant. Après la chute de feu le président Henri Konan Bédié par la junte militaire, l’opération ‘’Balai’’ est lancée pour éradiquer le grand banditisme dans les grandes villes.

Les loubards et « gros bras » deviennent des cibles prioritaires des unités spéciales des forces de défense et de sécurité.

John Pololo, également connu sous le nom de Sogbi Jonathan, est traqué, tout comme d’autres figures du milieu.

Certains prennent la fuite, quittent Abidjan, s’exilent à l’intérieur du pays ou à l’étranger. Lui reste, défiant le sort.

Le 13 janvier 2000, le destin frappe. À la suite d’une bagarre de rue à Abobo, John Pololo est interpellé par des éléments présentés comme appartenant à la PC Crise.

 

Quelques minutes plus tard, son corps est retrouvé sans vie, abandonné, scellant brutalement la fin d’une époque. Ainsi s’éteint John Pololo, ange et démon à la fois.

Pour certains, il restera un criminel redoutable. Pour d’autres, un défenseur des quartiers, un faiseur de rois, une icône urbaine.

Sa mort tragique a transformé l’homme en mythe, et le mythe en souvenir indélébile de l’histoire d’Abidjan.

Aujourd’hui encore, son nom traverse le temps, rappelant la complexité des destins forgés entre marginalité, influence culturelle et violence.

John Pololo n’est plus, mais son ombre continue de danser dans la mémoire collective ivoirienne.

Eugène Tristan Sahi

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