Analyses

[Édito/Philippe Di Nacera] Ouattara – Gbagbo : le soulagement

Mis à jour le 22 juillet 2021
Publié le 22/07/2021 à 10:00 , , ,
Pour tous les Ivoiriens, de quelque bord politique qu’ils se revendiquent, l’annonce d’une rencontre, le 27 juillet prochain, entre le Président Alassane Ouattara et son prédécesseur, Laurent Gbagbo, est un soulagement.

Chacun en effet se demandait pourquoi, un mois après le retour au pays de l’ex-président acquitté par la Cour Pénale Internationale (CPI) de La Haye, rien n’avançait sur le front de la réconciliation. Certains, dans la majorité, pronostiquaient le statu quo (« la Côte d’Ivoire n’est pas en crise », « les Ivoiriens vivent en paix, il sont déjà réconciliés »), d’autres, dans l’opposition, commençaient à s’interroger sur les intentions réelles du Woody qui, de loin en loin, avaient plutôt distillé des messages doux-amers à l’endroit d’Alassane Ouattara et de son régime.

La rencontre aura bien lieu. Elle suscite plusieurs réflexions.

La première est un constat. Laurent Gbagbo a finalement décidé de faire le premier pas, en appelant le Chef de l’Etat, début juillet, selon nos confrères d’Africa Intelligence. Ensuite, les deux hommes se verront au palais présidentiel. Le symbole est fort. Aucun doute n’est plus permis, c’est son successeur légitime que l’ex-président va rencontrer. Le principe de réalité s’impose à tous ceux qui continuaient de contester l’élection de 2010. Et le « GBÔ » (covid-19 oblige) qui se profile entre les deux hommes, sur le perron du palais, ressemble fort à la poignée de mains, qu’ils n’ont pu se donner il y a dix ans, en raison des circonstances : une poignée de mains républicaine, un passage de témoin entre deux adversaires politiques, comme dans toute démocratie. Autant dire que le moment sera historique.

Seconde réflexion, et sans préjuger de ce qui sortira de ce conclave inédit, cette rencontre suscite évidemment l’espoir chez les Ivoiriens. Si la main tendue et acceptée par les deux protagonistes l’est sans préjugé, sans sous-entendu, sans préalable ni condition, sans intermédiaire, sans autre intention ou agenda caché que la volonté de deux hommes d’Etat, certes vieux adversaires, de se préoccuper de l’intérêt de leur pays et de leur peuple bien aimé, alors la montagne pourrait enfin ne pas accoucher d’une souris.

Quant à la troisième réflexion, elle concerne les entourages des deux hommes. Il y en a souvent qui pensent anticiper ou plaire à leur mentor en parlant à leur place, quelques fois de façon si désordonnée, déformée ou exagérée que leur rôle se réduit à jeter de l’huile sur le feu. Nous allons tous suivre scrupuleusement cette rencontre. Nous allons écouter les deux hommes qui vont s’adresser à la Nation. Leur langage sera aussi non verbal. Les gestes et les attitudes compteront. Que les aboyeurs de tous bords se taisent et suivent avec le calme des vieilles troupes le mouvement initié par leurs chefs. L’enjeu est tout simplement la paix, la vraie, en Côte d’Ivoire et la normalisation de la vie publique dans ce pays. Une chance à saisir que rien ne doit venir entraver.

Philippe Di Nacera
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