Analyses

EDITO/ DJ Arafat ressuscite la Côte d’Ivoire de la haine / Par Adam’s Régis SOUAGA

Mis à jour le 2 septembre 2019
Publié le 02/09/2019 à 11:12 , , , , , , ,




Ange Didier Houon est mort, son séjour terrestre a pris fin le 12 août dernier. Sa mère, sa compagne, ses enfants, frères et amis l’ont attesté. Mais, c’était sans connaître une grappe de désœuvrés, nourris par des microbes virtuels sur Facebook, des crétins éparpillés dans la maison de Dieu, qui voulaient embrasser le corps du défunt disc-jockey.

Partir avec lui peut-être comme dans l’ancien temps où il fallait accompagner le Roi avec des esclaves, des têtes d’homme. A la lumière de l’acte ignoble de profanation de la sépulture de DJ Arafat, des accusations farfelues contre le ministre d’Etat, Ministre de la défense, parrain et « père » du jeune Ange Didier, il apparaît que la guillotine avait bien un aspect bénéfique. Pour la racaille qui menace cette société ivoirienne qui n’a d’âme que la politique.

On aura vite fait de voir en ces jeunes, dont sûrement de nombreux non votants, la masse qui élira le candidat du RHDP. Il fallait lever l’armée du salut de la Côte d’Ivoire pour sauver ce pays contre les francs-maçons. Pour parler de quelque chose, il faut bien la connaître. C’est dire que tous ceux qui voient en cette secte ésotérique, les sorciers des temps modernes, l’ont déjà fréquenté. Sinon, il n’aurait pas mis tant d’énergie à préparer la conscience de ces fragiles jeunes, à douter, à aller vérifier, à être des Saint Thomas. Même des enfants sont rentrés au cimetière, ont manipulé un cadavre sans tenir compte des risques sanitaires ; Dieu a esquissé un pas de prudentia pour bien regarder la Côte d’Ivoire que l’on disait bénie plus que les autres pays. Sacrilège !

Cette frénésie arafatique a eu tout de même un mérite. Celui de lever la croûte purulente de la haine entre Ivoiriens et recouverte par de faux sourires depuis huit ans. Huit ans après la fin de la grave crise militaro-politique, avec son lot de 3000 morts officiels, de veuves, d’orphelins, rien n’a changé. Une vaste hypocrisie a saupoudré les faits et gestes des ennemis d’hier, des accolades d’hypocrites n’ont masqué que pour quelque temps, la haine que les camps éprouvent l’un pour l’autre.

L’élément expiatoire de la haine contre le pouvoir, Hamed Bakayoko. Son crime, avoir été un père pour Ange Didier, un de ses contempteurs, son protecteur. A travers lui, c’est tout le système Alassane Ouattara qui est visé.

Occasion pour quelques nécessiteux qui voient en l’avènement d’Henri Konan Bédié ou Laurent Gbagbo, un tremplin professionnel, insultant sur les réseaux sociaux, se jouant aux insolents et pourfendeurs du pouvoir à souhait, une occasion de clouer au pilori ce pouvoir qui a décidé d’accompagner un fils du pays ! Crime de lèse-majesté !

Pour un ami mien, ces jeunes profanateurs de dépouille sont des « dioula », des « microbes » auxquels il faut trouver « une solution ». Il aura eu le temps de vérifier les identités de cette marée humaine. Lui, au moins, a le courage de dire haut ce que beaucoup murmurent et pensent.

Voici le décor de putréfaction politique et morale que les événements liés à la mort et à l’enterrement de Ange Didier Houon, auront eu le mérite de dévoiler. Au grand dam de ceux des ivoiriens, épris de paix, sans distinction aucune, qui appellent à une sanction mémorable. Car, la mort aussi se respecte.

C’est en cela que ces garnements, ces jeunes enivrés, à qui l’on ne saurait reprocher leur amour pour le jeune DJ, mettent aussi à nu l’éducation parentale. C’est le résultat d’Abidjan, des réseaux sociaux. Au village, ton amour fou pour tes propres parents ne te conduirait jamais à faire plus ce que la tradition impose. Mais, avec les nouveaux messies qui pullulent facebook, qui ont trouvé en la haine contre Ouattara un exutoire pour leur existence perforée, l’occasion était trop bonne pour ne pas être saisie. De Paris, les mêmes courageux de Facebook qui ont invité leurs jeunes frères à se faire tuer pour Gbagbo, ont remis le couvert. A Abidjan, la liberté d’expression a permis à ces microbes du net, de préparer psychologiquement cette masse fertile de zombis à honnir le pouvoir.

Malheureusement, l’impunité érigée en mode de gouvernance, a bien favorisé et développé des réflexes. On ne craint plus la force de l’Etat, on ne craint plus l’Etat fort car l’Etat a trop laissé prospérer la tyrannie des bandits, des diviseurs de la société ivoirienne, des virus politiques, des voleurs de deniers publics, des surfactureurs, des satrapes de l’économie ivoirienne, des affairistes nauséeux et autres mafieux connus ou non !

La mort de DJ Arafat et la profanation de sa dépouille, que nul n’aime plus que sa famille, devrait servir de leçon à tous. A trop vouloir faire comme les Blancs, on perd notre identité d’Africains, ouverts sur le monde en ce qu’il a de Bien mais tout de même avec notre touche africaine. Le respect de l’aîné, la célébration respectée et courtoise de la Mort. Chez nous, à l’école, la chicotte imposait la discipline. Au collège et au lycée, l’enseignant était le Maître, intouchable, supporté par le parent.

Aujourd’hui, l’acte de ces jeunes, au-delà de l’émotion, passagère, a le mérite de nous renvoyer l’image, la vraie, de la Côte d’Ivoire, qui glisse sur une pente raide. Il est encore temps de redresser la barre. Une solution, mettre fin à l’impunité, sanctionner pour que cela serve de leçon. La Justice ne devra pas se limiter à ces jeunes qui, sans même saisir la portée de leurs actes, se filment en défiant l’Etat, les parents et admirateurs de DJ Arafat, menaçant parents et amis du chanteur, pour récupérer et embastiller ces oiseaux de mauvais augure qui, par leurs vidéos, posts et propos incitateurs, ont contribué à cette seconde mort pour Ange Didier HOUON. La Chine d’Arafat est sorti du communisme pour embrasser de façon violente la démocratie à l’Ivoirienne. Saluée malheureusement par des individus pour qui la fin politique de l’accession au pouvoir, justifie de supporter cet acte ignoble et inhumain posé ce samedi 31 août dernier au cimetière de Williamsville. Au pouvoir de démontrer que ce pays n’a pas encore perdu tous ces repères.

Adam’s Régis SOUAGA

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