Économie

Côte d’Ivoire, le pays vers la sortie de la liste grise du GAFI

Mis à jour le 3 mars 2026
Publié le 03/03/2026 à 6:44 , , , ,

Inscrite depuis octobre 2024 sur la liste grise du GAFI et classée parmi les juridictions à haut risque par l’Union européenne, la Côte d’Ivoire aborde l’année 2026 avec un visage transformé. 

 

Loin de céder au découragement, les autorités ivoiriennes ont fait de cette mise sous surveillance renforcée un levier d’accélération des réformes et de modernisation du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT).

À l’aube de 2026, les indicateurs traduisent un bond qualitatif mesurable dans le dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT).

30 recommandations conformes contre 18 en 2024

Le progrès le plus significatif concerne la conformité technique aux standards internationaux.

En 2024, la Côte d’Ivoire comptait 18 recommandations jugées conformes ou largement conformes aux 40 recommandations du GAFI.

En 2025, ce chiffre est passé à 30 recommandations conformes, soit une progression de +12 recommandations en une année.

Cette évolution représente une hausse de près de 67 % du niveau de conformité technique, un signal fort envoyé aux partenaires financiers internationaux.

Ces chiffres, issus du suivi officiel du plan d’action convenu entre la Côte d’Ivoire et le GAFI, ont été rappelés par les représentants nationaux et régionaux présents à la cérémonie.

« La progression du niveau de conformité technique de la Côte d’Ivoire traduit une volonté politique affirmée et un engagement institutionnel constant », a souligné un représentant du ministère de l’Économie et des Finances, évoquant les données issues des rapports de suivi du GAFI et du GIABA.

Une mobilisation institutionnelle structurée

Le 5 février 2026, le directeur général du GIABA, Edwin W. Harris Jr, a été reçu par le Premier ministre ivoirien en présence du ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly.

Était aussi présent le président de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), le Général Idrissa Touré.

Au cœur des échanges : le processus de retrait de la liste grise et la préparation des prochaines échéances internationales, notamment la réunion plénière du GAFI ainsi que les sessions techniques et ministérielles du GIABA prévues à Abidjan.

« Le retrait de la Côte d’Ivoire de la liste grise constitue un enjeu majeur pour la crédibilité de notre système financier et l’attractivité de notre économie », a indiqué un membre de la délégation gouvernementale à l’issue de l’audience.

L’inauguration prochaine du nouveau Centre d’information du GIABA à Abidjan marque également un renforcement de la coopération régionale dans le cadre des standards définis par le GAFI.

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Le rôle stratégique de la CENTIF

Pilier national du dispositif, la CENTIF assure la réception et l’analyse des déclarations de soupçon, ainsi que la transmission des dossiers aux autorités judiciaires.

Elle agit en tant que correspondant national du GIABA et interface technique avec les mécanismes régionaux de la CEDEAO.

Au nom du président de la CENTIF, François Irié Djobi a insisté sur la portée concrète de la lutte contre la criminalité financière.

« La lutte contre le blanchiment de capitaux n’est pas une activité de salon. Elle a des conséquences directes sur la sécurité, la stabilité et la crédibilité de nos États », a-t-il dit.

Les données de conformité technique évoquées lors de la cérémonie s’appuient sur les évaluations mutuelles et les rapports de suivi publiés par le GIABA dans le cadre du mécanisme régional adossé aux standards du GAFI.

Le secteur privé, maillon encore fragile

Malgré les progrès institutionnels, les autorités reconnaissent la vulnérabilité persistante d’une partie du tissu économique, notamment les PME.

L’absence de dispositifs internes formalisés, la faible sensibilisation aux obligations déclaratives et le recours massif aux paiements en espèces constituent des facteurs de risque identifiés dans les analyses nationales.

La représentante résidente par intérim de la CEDEAO en Côte d’Ivoire, Fatim Diarré Mahan, a rappelé l’impact systémique des flux financiers illicites.

« Les flux financiers illicites fragilisent les institutions, découragent l’investissement et menacent la paix régionale.

Il est essentiel d’impliquer davantage la jeunesse et le secteur privé dans cette lutte », a-t-elle dit.

De son côté, Timothy Melaye, intervenant au nom du directeur général du GIABA, a mis l’accent sur le rôle de la formation.

« Face à une criminalité financière en constante évolution, l’éducation et la sensibilisation constituent des outils stratégiques. Les étudiants d’aujourd’hui seront les décideurs de demain », fait savoir Timothy Melaye.

2026–2027, des évaluations décisives

Si la progression de 18 à 30 recommandations conformes représente un signal encourageant, la Côte d’Ivoire demeure sous surveillance renforcée dans l’attente des prochaines évaluations prévues en 2026 et 2027, conformément au calendrier de suivi du GAFI.

Les autorités ivoiriennes affirment maintenir la pression afin d’achever la mise en œuvre complète du plan d’action convenu avec l’organisation internationale.

À Abidjan, le message officiel est désormais clair : la sortie de la liste grise ne dépend pas uniquement de réformes juridiques, mais d’une transformation durable des pratiques publiques et privées.

En 2026, la Côte d’Ivoire affiche ainsi un nouveau visage. Celui d’un État engagé dans un processus rigoureux d’assainissement financier, déterminé à consolider sa crédibilité internationale et à renforcer son attractivité économique sur des bases de transparence et d’intégrité.

Tristan Sahi

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