Analyses Société

Coronavirus : « Nous sommes en guerre! » / Philippe Di Nacera

Mis à jour le 17 mars 2020
Publié le 17/03/2020 à 10:45 , , , , ,

Le président Français, Emmanuel Macron, l’a répété à six reprises, hier soir, dans son adresse solennelle aux français, « nous sommes en guerre!». Certes l’ennemi n’est pas un pays, il n’aligne pas de divisions blindées, il est sournois parce qu’invisible. C’est ce qu’on pourrait appeler une « guerre asymétrique » poussée à son maximum : l’ennemi frappe tout le monde, où il veut quand il veut.

Emmanuel Macron a donc raison d’employer le terme de guerre. 7info a décidé d’y participer en première ligne pour donner à ses lecteurs les clés de compréhension des risques encourus et surtout de relayer les bonnes pratiques pour gagner cette guerre invisible.

La seule manière que nous avons de lutter contre cet ennemi féroce, le COVID-19, qui déjà fait des dégâts majeurs dans nos populations et dans nos économies, c’est la défense passive, en forme de barrière sociale, que nous devons mettre en place : limiter les contacts entre nous. Certes, les gouvernements nous y obligent mais nous avons également notre responsabilité de citoyens.

En France, comme en Italie et avant en Chine, dans la province du Wuhan, premier foyer d’épidémie, c’est le confinement qui a été décrété. Plus personne ne doit sortir de chez lui, sauf pour d’impérieuses raisons (soins, ravitaillement). Et ça marche. La Chine annonce un reflux des cas de contamination et dans la ville de Codogno, dans le nord de l’Italie, la première ville qui a fait l’objet d’un blocus, on n’enregistre plus aujourd’hui de nouveaux cas. Cela demande une discipline de fer, à la fois pour les forces de sécurité et pour les citoyens, mais ça marche. C’est d’ailleurs la seule chose qui marche.

En Côte d’Ivoire, aussi, la guerre contre le virus est déclarée. Le gouvernement a décidé de prendre hier soir une série de mesures fortes et indispensables : fermeture de toutes les écoles et universités, suspension des vols en provenance des pays où la maladie fait rage, annulation des concerts et spectacles, fermeture des boîtes de nuit et des cinémas, interdiction de tout rassemblement dépassant 50 personnes, suspension de tous les évènements sportifs, etc. Le but de ces décisions est bien sûr de limiter « l’importation » du virus COVID-19 et sa circulation rapide dans le pays en évitant une trop grande promiscuité entre les personnes.

L’une des décisions, moins spectaculaire mais très importante du Conseil National de Sécurité, est la recommandation faite aux Ivoiriens de « respecter une distance d’au moins un mètre dans les grandes surfaces, les maquis, les restaurants, les entreprises, les lieux publics ». Cette mesure, que l’on appelle la « distanciation sociale », chacun en conscience doit la faire sienne.

Il faut toutefois relever que le gouvernement, certainement pour préserver l’activité économique et notamment le commerce, n’a pas été au bout de cette logique de distanciation sociale. Car comment fait-on pour éviter toute promiscuité ou pour maintenir une distance d’un mètre de sécurité dans les bus, les gbaka ou les marchés? Entre deux logiques qui dans cette affaire s’opposent, la santé publique et l’activité économique, le Conseil de Sécurité n’a pas complètement tranché. Il est resté au milieu du gué pour ménager les deux.

Il revient donc aux citoyens de prendre la mesure de la situation, en évitant surtout de penser que la gravité de la situation, « pour une fois, c’est chez les blancs », comme je l’ai entendu hier dans la bouche d’une inconsciente, et que nous en serions préservés en Côte d’Ivoire. En attendant que ces lieux de haute densité humaine que sont les transports et les marchés entrent dans la liste des interdits ; en attendant aussi que le développement de la pandémie ne débouche, comme en France et en Italie, à un confinement obligatoire, chacun doit agir et réagir en citoyen responsable. Si tout doit être mis en œuvre pour éviter la propagation du virus, alors il faut d’ores et déjà dire aux Ivoiriens de limiter au maximum leurs déplacements, voire de rester chez eux, sans attendre que les ordres viennent d’en haut. Ils viendront, alors anticipons. Protégeons-nous, protégeons nos vieux, nos familles et par là-même, protégeons les autres. Voilà le comportement citoyen responsable auquel il faut appeler les Ivoiriens.

Pour gagner cette guerre, le plus rapidement possible, « il vaut mieux prévenir le problème plutôt que l’accompagner ». L’expression est d’un professeur de médecine français. Hong Kong et Singapour l’ont fait. Dans ces pays, l’épidémie ne s’est pas développée et l’économie ne s’est pas effondrée. L’Italie compte déjà plus de 2000 morts. La France, elle, prévoit une croissance négative de -1% en 2020. Et ça sera sûrement pire. Prévenir plutôt qu’accompagner, chacun de nous, là où il se trouve, peut y contribuer en mettant en œuvre, pour lui-même et les siens, les gestes de distanciation sociale seuls à même de faire péricliter la pandémie.

Il est hors de question de jeter la pierre sur nos gouvernants. Gérer un tel désastre mondial est d’une complexité sans nom. Il est plutôt question d’en appeler à un sursaut citoyen pour aider les gouvernants à nous en sortir au mieux et au plus vite, que ce soit en termes de victimes ou en termes économiques.

Philippe Di Nacera

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