La Commission électorale indépendante (CEI) a proclamé ce lundi les résultats provisoires de l’élection présidentielle du 25 octobre. Le président sortant Alassane Ouattara l’a emporté dès le premier tour avec 89,77 % des voix, soit 3 759 000 suffrages. Si cette victoire lui ouvre la voie vers un quatrième mandat, elle a, en revanche, scellé le sort financier de plusieurs de ses adversaires. En effet, quatre des cinq candidats en lice ont perdu leur caution électorale de 50 millions de francs CFA, conformément aux dispositions du Code électoral ivoirien.
Le cadre légal : 5 % de voix minimum pour récupérer sa caution
L’article 24 du Code électoral est sans ambiguïté :
« Le cautionnement est restitué à tout candidat ou liste de candidats ayant obtenu cinq pour cent (5%) au moins des suffrages exprimés. Dans le cas contraire, il reste acquis à l’État. »
Autrement dit, pour espérer récupérer sa mise, un candidat doit obtenir au moins 5 % des voix. Ce seuil vise à dissuader les candidatures fantaisistes et à encourager un minimum de représentativité nationale. En 2025, ce pourcentage représentait environ 210 000 voix sur un total d’environ 4,2 millions de suffrages exprimés.
Les résultats officiels : un seul gagnant, quatre perdants financiers
Les chiffres publiés par la CEI sont clairs :
| Candidat | Parti ou statut | Voix obtenues | Pourcentage | Remboursement du cautionnement |
| Alassane Ouattara | RHDP | 3 759 000 | 89,77 % | Oui (élu) |
| Jean-Louis Eugène Billon | Indépendant | 129 493 | 3,09 % | Non |
| Simone Ehivet Gbagbo | MGC | 101 238 | 2,42 % | Non |
| Ahoua Don Mello | Indépendant | 82 508 | 1,97 % | Non |
| Henriette Lagou | Indépendante | 48 261 | 1,15 % | Non |
Seul le président Alassane Ouattara est donc remboursé, non pas parce qu’il atteint le seuil des 5 %, mais parce qu’il a été élu. Pour les autres, le verdict du Code électoral est sans appel : leur caution « reste acquise à l’État ».
La perte de cette somme n’est pas anodine. Le cautionnement de 50 millions FCFA, exigé à tout postulant à la magistrature suprême, représente un investissement conséquent, surtout pour les candidats indépendants ou issus de petites formations politiques.
Un mécanisme dissuasif mais contesté
Institué pour filtrer les candidatures sérieuses, le système du cautionnement suscite régulièrement des débats. Certains observateurs estiment qu’il pénalise les nouveaux entrants et renforce les positions établies. D’autres y voient au contraire un moyen de responsabiliser les prétendants à la présidence, en les obligeant à mesurer la portée réelle de leur influence.
Selon le même article 24 du Code électoral, les candidats recalés au dépôt de dossier peuvent récupérer leur caution 15 jours après la publication de la liste définitive des candidats.
Mais pour les candidats qui ont concouru et n’ont pas atteint les 5 %, aucune restitution n’est possible. Pire encore, tout cautionnement non réclamé dans un délai de 12 mois après la proclamation des résultats définitifs devient propriété de l’État.
Ainsi, après cette présidentielle 2025, 200 millions FCFA rejoindront les caisses du Trésor public, fruit des ambitions déçues de quatre adversaires du chef de l’État.
Le scrutin du 25 octobre n’aura pas seulement consacré la victoire d’Alassane Ouattara. Il aura aussi rappelé une règle dure de la démocratie ivoirienne : se présenter à la présidentielle coûte cher, et ne pas convaincre coûte encore plus.
Eugène SAHI Tristan















