Côte d’Ivoire

Leadership féminin, la Côte d’Ivoire un exemple pour l’Afrique de l’Ouest

Mis à jour le 8 mars 2026
Publié le 08/03/2026 à 12:42 , , , ,

L’entrée en fonction d’un nouveau gouvernement en Côte d’Ivoire ouvre une opportunité stratégique pour transformer la transition politique en véritable catalyseur du leadership féminin et de la croissance inclusive.

« Ma communauté n’a jamais été représentée par une femme. Aujourd’hui, j’ai le courage d’être la première. » Ce témoignage d’une participante de Bouaké ayant pris part à l’Incubateur de leadership féminin Chrysalide traduit l’aspiration croissante des femmes ivoiriennes à jouer un rôle actif dans la vie publique. Si ces mots résonnent avec force, c’est parce qu’ils illustrent une réalité encore trop fréquente : l’accès des femmes aux postes de décision reste limité.

Après les élections législatives et présidentielles et l’installation d’un nouveau gouvernement, le pays entre dans une phase décisive où l’attention se déplace de la campagne vers l’action publique. Cette transition politique représente une occasion unique de renforcer la participation des femmes dans les instances de décision et de favoriser une gouvernance plus inclusive.

Un moment décisif pour renforcer la représentation des femmes

Les périodes de transition politique constituent souvent des fenêtres d’opportunité pour impulser des changements structurels. La Côte d’Ivoire a déjà enregistré des avancées notables avec la présence de femmes à des postes stratégiques.

La nomination de Nialé Kaba au ministère des Affaires étrangères illustre la confiance croissante accordée au leadership féminin sur la scène internationale. De même, l’action de Anne Désirée Ouloto, ministre d’État chargée de la Fonction publique et de la Modernisation de l’administration, témoigne d’un engagement constant en faveur de l’autonomisation des femmes.

Malgré ces avancées, des écarts importants subsistent. À l’issue des législatives de 2025, les femmes ne représentent qu’environ 13 % des députés à l’Assemblée nationale, soit 34 sièges sur 253, un niveau encore éloigné de l’objectif de 30 % fixé par la loi sur la parité adoptée en 2019.

Pourtant, les bénéfices du leadership féminin sont largement démontrés. Lorsque les femmes participent pleinement à la prise de décision, les institutions deviennent plus performantes et les politiques publiques plus inclusives. Les communautés dirigées par des femmes investissent davantage dans l’éducation, la santé et la cohésion sociale, tandis que les économies réduisant les inégalités de genre connaissent une croissance plus dynamique.

Des initiatives pour accompagner les femmes leaders

Face à ces défis, le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et l’Ambassade de Suisse en Côte d’Ivoire ont uni leurs efforts pour lever les obstacles structurels qui freinent l’accès des femmes à la vie politique.

L’une des initiatives majeures est l’Incubateur de leadership féminin Chrysalide. Ce programme accompagne les femmes dans leur transition de l’engagement citoyen vers le leadership politique et institutionnel. Grâce au mentorat, au coaching en leadership, aux réseaux de pairs et aux formations aux campagnes électorales, il vise à transformer le potentiel des femmes en véritable pouvoir d’agir.

Les participantes soulignent régulièrement l’impact de ces initiatives sur leur confiance et leur engagement. « Avant ce programme, je doutais de ma place en politique. Aujourd’hui, je sais que ma voix compte », confie l’une d’elles.

Marraine du programme, Anne Désirée Ouloto partage également son expérience des obstacles rencontrés par les femmes dans la vie publique. « On m’a souvent dit que je n’étais pas à ma place », a-t-elle expliqué aux participantes, soulignant que la résilience, le mentorat et des institutions ouvertes sont essentiels pour permettre aux femmes d’accéder aux responsabilités.

Les obstacles économiques au leadership féminin

Malgré les progrès réalisés, plusieurs défis persistent. L’un des principaux obstacles à l’émergence des femmes en politique demeure économique. Historiquement, les processus d’accumulation de richesse ont davantage bénéficié aux hommes, qui ont eu un accès plus large aux opportunités éducatives, professionnelles et entrepreneuriales.

En conséquence, les femmes disposent souvent de ressources financières plus limitées et de réseaux économiques moins développés. Or, l’engagement politique nécessite souvent des moyens financiers importants, notamment en période électorale.

Les femmes restent également sous-représentées dans l’emploi formel et rencontrent davantage de difficultés pour accéder au crédit ou au capital. Ces inégalités économiques se traduisent par des désavantages politiques, limitant leur capacité à financer des campagnes ou à s’inscrire durablement dans la compétition politique.

À ces contraintes s’ajoutent d’autres obstacles bien connus : accès limité aux réseaux politiques, visibilité médiatique insuffisante ou encore poids des responsabilités familiales.

Des pistes pour accélérer la parité

Malgré ces défis, les perspectives de progrès sont réelles. La loi sur la parité constitue une base solide pour améliorer la représentation politique des femmes. Les programmes de formation et de mentorat montrent déjà des résultats encourageants, tandis que les réseaux féminins se renforcent progressivement.

Fin 2025, le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant a également lancé un programme de développement des initiatives et des capacités économiques des femmes afin de renforcer leur autonomie financière, notamment en milieu rural et semi-rural.

Pour accélérer cette dynamique, plusieurs actions apparaissent essentielles : un engagement plus fort des partis politiques pour soutenir les candidatures féminines, la mise en place de mécanismes de financement sensibles au genre, la promotion de l’égalité dans les postes de décision et une couverture médiatique plus équilibrée du leadership féminin.

Un exemple pour l’Afrique de l’Ouest

La Côte d’Ivoire a déjà réalisé des progrès importants en matière de développement humain et de croissance économique. L’accélération du leadership féminin pourrait renforcer davantage cette dynamique et positionner le pays comme un modèle régional en matière de gouvernance inclusive.

À travers des initiatives comme l’Incubateur Chrysalide, le pays dispose d’une opportunité réelle de démontrer qu’une transformation durable est possible lorsqu’elle est ancrée dans les réalités locales.

 

Comme le rappelle Anne Désirée Ouloto, « le leadership n’est pas un privilège, c’est une responsabilité ». Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire a l’occasion historique de permettre à davantage de femmes d’exercer pleinement cette responsabilité et de contribuer activement à façonner l’avenir de la nation.

Par Nasseneba Touré, ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant ; Blerta Cela ; et Dominique Favre.

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