Économie

Filets sociaux et AVEC, comment « les populations transforment leur quotidien avec 36 000 FCFA »

Mis à jour le 3 juillet 2025
Publié le 03/07/2025 à 1:33 , ,

Depuis son lancement en 2015, le programme des Filets Sociaux productifs a progressivement changé le visage de la lutte contre la pauvreté en Côte d’Ivoire. De simples transferts monétaires à une véritable stratégie d’inclusion socio-économique, ce mécanisme gouvernemental s’est imposé comme un outil de transformation sociale.

 

Face à la persistance de la pauvreté en milieu rural, l’État ivoirien mise sur une double approche articulée autour des Filets Sociaux Productifs et des Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC).

Cette complémentarité entre assistance monétaire et inclusion économique locale se révèle aujourd’hui comme un véritable levier de transformation sociale.

En 2025, ce sont 527 000 ménages qui bénéficient directement du programme, contre 457 000 en 2024.

Cette progression de 70 000 nouveaux ménages, annoncée le 1er juillet 2025 par Koné Kipeya, coordonnateur du programme, témoigne de la volonté de l’État d’élargir le socle de la solidarité nationale.

Un programme à impact direct sur les conditions de vie

Le principe est simple, mais impactant. Il consiste à transférer à des familles identifiées comme vulnérables une aide financière régulière – entre 5 000 et 10 000 francs CFA – couplée à un accompagnement personnalisé.

Derrière ces chiffres, des milliers d’initiatives personnelles, de micro-projets lancés, et des familles qui retrouvent l’espoir.

« Même avec 5 000 ou 10 000 francs, nos populations transforment leur quotidien », a insisté M. Koné.

Le programme couvre aujourd’hui 4 300 villages et 108 communes, avec une approche fondée sur l’équité, la transparence et l’inclusion.

La sélection des bénéficiaires s’appuie sur un test de revenu par approximation, renforcé par une validation communautaire participative, évitant toute influence politique, ethnique ou religieuse.

L’impact des Filets Sociaux ne se limite pas à des perceptions. Il est quantifié et évalué de manière rigoureuse.

De l’assistance à l’autonomie : le rôle structurant des AVEC

Alfred Kouassi, ancien bénéficiaire du programme Filets Sociaux à Kondoukro, dans la sous-préfecture de Djébounoua (Bouaké), est aujourd’hui agent-encadreur de groupements AVEC.

Il témoigne des bienfaits de ce programme.

« Même avec 36 000 FCFA par trimestre, nous avons appris à gérer un budget familial, à monter des AGR et à épargner collectivement.

Les Filets Sociaux nous ont outillés. Aujourd’hui, avec les AVEC, nous allons plus loin », dit-il.

Des résultats mesurables sur la pauvreté

Les AVEC consistent à se regrouper, généralement à l’échelle d’un village, pour constituer une caisse commune à travers des cotisations hebdomadaires, qui servent à financer de petits prêts internes pour les membres.

Ces crédits sont réinvestis dans des activités agricoles, commerciales ou artisanales, créant ainsi un cercle vertueux de productivité locale.

Une épargne adaptée aux réalités villageoises

Contrairement aux institutions financières classiques, les AVEC sont autonomes, souples et gérées par leurs propres membres.

Le montant de la cotisation minimale est défini par l’Assemblée générale, sur la base des moyens du plus pauvre.

« Si la part minimale est de 1 000 francs, tout le monde peut participer sans exclusion. L’AVEC ne refuse personne, et il n’y a pas de frais de dossier ni de blocage administratif comme dans les banques », explique Alfred Kouassi.

Ce système favorise l’inclusion des femmes et des jeunes, freine l’exode rural, et donne un coup de pouce décisif à l’achat d’intrants agricoles ou au lancement d’un petit commerce.

Croissance, solidarité et dignité retrouvée

L’impact combiné des Filets Sociaux et des AVEC est mesuré de façon rigoureuse. Une étude indépendante menée par l’ENSEA révèle que :

87 % des bénéficiaires sont sortis de la précarité,

78 % affirment une amélioration notable de leurs conditions de vie,

4 300 villages et 108 communes couverts

Le taux de pauvreté est passé de 46,3 % en 2015 à 37,5 % en 2021.

Mais au-delà des statistiques, c’est sur le terrain que les résultats prennent tout leur sens.

Dans les villages, des femmes autonomes créent des commerces, des agriculteurs achètent des engrais, et des liens de solidarité se renforcent autour d’une dynamique de groupe.

« L’AVEC, c’est aussi une école de la confiance et de la solidarité. Les gens se retrouvent, partagent leurs projets et s’entraident.

C’est plus qu’un crédit, c’est une famille économique », témoigne un membre à Kondoukro.

Un modèle à essaimer pour une Côte d’Ivoire solidaire

Alors que l’État ivoirien entend faire de la justice sociale et de l’équité territoriale les piliers de son développement, l’articulation entre transfert social (Filets) et inclusion communautaire (AVEC) offre une stratégie de lutte contre la pauvreté.

« Ce que nous construisons ici, ce n’est pas une simple assistance, mais une culture de l’autonomisation et de la dignité », conclut Koné Kipeya.

À travers ces instruments, les villages ivoiriens deviennent des laboratoires de développement local, où la solidarité retrouve tout son sens et où la pauvreté recule, pas à pas.

Tristan Sahi

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