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La Cédéao se dit « en état d’urgence » face aux coups d’État et menaces régionales

Mis à jour le 10 décembre 2025
Publié le 10/12/2025 à 2:24 , , , , , ,

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) se déclare « en état d’urgence ». C’est ce qu’a annoncé Omar Touray, président de la Commission de l’organisation, mardi 9 décembre, devant le Conseil de médiation et de sécurité.

 

Cette déclaration intervient deux jours après la tentative de coup d’État au Bénin et dix jours après celui de Guinée-Bissau. 

Elle fait également écho à la multiplication des putschs militaires dans la région et à l’expansion de la menace jihadiste.

Pour l’instant, les autorités n’ont activé aucun mécanisme formel lié à cet « état d’urgence ».

Une formule symbolique, sans précédent

« C’est surtout une manière de qualifier la situation », explique un cadre de la Cédéao. 

Il précise qu’aucun mécanisme spécifique n’a été validé par les chefs d’État.

Plusieurs experts rappellent que les textes de la Cédéao ne prévoient pas de statut d’état d’urgence communautaire. 

Jusqu’ici, la Cédéao n’a jamais appliqué une mesure comparable, même lors des coups d’État au Mali ou au Niger.

Par ailleurs, ces crises avaient mobilisé d’autres outils.

Dans ces situations, l’organisation avait imposé des sanctions économiques ou suspendu les États membres, comme le prévoit le Protocole sur la bonne gouvernance.

De plus, ces mécanismes constituaient alors sa principale réponse institutionnelle.

La Cédéao n’a jamais déclenché un état d’urgence, car ce statut n’existe tout simplement pas. Ainsi, la déclaration actuelle marque une rupture dans son vocabulaire et sa communication.

 

Une idée ancienne, toujours présente

Pour Jean-François Akandji-Kombé, spécialiste des droits communautaires à la Sorbonne, les mots de Touray ne sont pas anodins.

« Cette mention rappelle une idée ancienne : créer un système de sécurité collective. 

A LIRE AUSSI : Coup d’Etat en Guinée-Bissau, la CEDEAO condamne.

Un dispositif décentralisé, un peu à la manière d’une agence de l’Union africaine, capable d’intervenir lorsque les États membres sont menacés », explique-t-il.

Ainsi, parler d’état d’urgence pourrait être un signal pour amorcer des discussions entre les chefs d’État et de gouvernement sur de futures mesures d’intervention.

Vers la création d’un mécanisme ?

Omar Touray a également insisté sur la nécessité d’une introspection sur l’avenir de la démocratie ouest-africaine et sur l’urgence de renforcer la sécurité régionale.

Chaque État membre peut déclarer l’état d’urgence national selon sa propre législation lorsque l’ordre public est menacé.

De plus, cette prérogative s’exerce indépendamment des décisions régionales.

La déclaration de Touray invite donc directement les pays à appliquer leurs mesures constitutionnelles.

Par ailleurs, elle souligne la responsabilité individuelle de chaque gouvernement.

Le prochain sommet des chefs d’État de la Cédéao se tiendra dimanche 14 décembre à Abuja.

En outre, cette rencontre devrait préciser la mise en œuvre des mesures annoncées.

Un événement qui devrait permettre d’apporter des précisions concrètes sur cette déclaration et sur les actions possibles.

Eirena Etté

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