En prélude à la 49e édition de la Journée internationale des droits des femmes (JIF), célébrée le 8 mars prochain, le gouvernement ivoirien annonce plus de dix mille cas de violences basées sur le genre enregistrés en 2025 en Côte d’Ivoire. Un chiffre en hausse par rapport aux années précédentes.

Une donnée qui peut susciter des inquiétudes, mais que le ministère invite à analyser avec prudence., selon Dr Binaté Fofana Namizata, conseillère technique chargée du Genre, de l’Équité et de l’Autonomisation économique de la Femme au Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, à la tribune « Tout savoir sur » du Centre d’Information et de Communication Gouvernementale, ce mardi 3 mars à Abidjan.
Selon Dr Binaté, cette hausse ne signifie pas forcément que les violences ont explosé, mais plutôt que les mécanismes de signalement fonctionnent mieux et que les victimes osent désormais dénoncer les faits. « Aujourd’hui, les femmes parlent davantage. Elles ne se taisent plus. L’augmentation des statistiques traduit aussi l’efficacité des mécanismes de dénonciation et de prise en charge mis en place », a-t-elle expliqué.
Elle souligne que pendant longtemps, de nombreux cas restaient enfouis dans le silence, sous l’effet de pressions familiales, sociales ou culturelles. Les pesanteurs socioculturelles contribuaient à banaliser certaines formes de violences, empêchant les survivantes de saisir la justice. La multiplication des campagnes de sensibilisation et la présence accrue d’acteurs formés sur le terrain ont progressivement favorisé une libération de la parole.
Le renforcement du cadre institutionnel a également joué un rôle déterminant. Le Programme national de lutte contre les violences faites aux femmes a intensifié ses actions communautaires, notamment en milieu rural, en impliquant chefs religieux, leaders communautaires et organisations de la société civile. Cette proximité a permis de mieux informer les populations sur les droits des femmes et sur les recours possibles.
Par ailleurs, l’amélioration des dispositifs de prise en charge contribue à rassurer les victimes. Des plateformes régionales multisectorielles offrent un accompagnement médical, psychosocial, juridique et social. Des « gender desks » ont été installés dans certains commissariats et brigades de gendarmerie afin de garantir un accueil plus adapté.
Des centres spécialisés renforcent également ce dispositif, notamment le Programme d’Appui aux Victimes d’Infractions en Côte d’Ivoire à Abidjan, des structures à Korhogo et Bouaké, ainsi que la Maison des Femmes d’Adiaké. L’existence de ces structures sécurise davantage les survivantes et les encourage à engager des démarches judiciaires.
Le cadre juridique, lui aussi, a été renforcé. La loi de 2021 criminalisant le viol prévoit des peines pouvant aller de cinq à vingt ans d’emprisonnement selon la gravité des faits. La Côte d’Ivoire s’appuie également sur les instruments internationaux ratifiés, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, le Protocole de Maputo et la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Pour le ministère, l’enjeu désormais est de consolider ces acquis, notamment en milieu rural où l’éloignement des juridictions demeure un obstacle. « La loi demeure la loi et la justice suit son cours. Nous accompagnons les femmes en situation de vulnérabilité pendant que la justice fait son travail », a rappelé Dr Binaté.
Ainsi, loin de traduire un recul, la hausse des chiffres de 2025 est présentée par les autorités comme le signe d’un système plus accessible et d’une confiance accrue des femmes envers les institutions. L’objectif reste inchangé : garantir une justice inclusive et faire reculer durablement les violences basées sur le genre en Côte d’Ivoire.
Tristan Eugène SAHI















