La Commission européenne a mis à jour, le 10 juin 2025, sa liste noire des pays tiers à haut risque en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. La Côte d’Ivoire en fait partie.
L’information a suscité de nombreuses réactions depuis sa publication.
La Côte d’Ivoire figure désormais sur la « liste noire » de l’Union européenne. À ses côtés l’Algérie, le Kenya, le Liban et Monaco.
Une décision qui repose, selon Bruxelles, sur l’existence de « carences stratégiques » dans les dispositifs nationaux de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (LBC/FT).
Une décision alignée sur le GAFI
La Commission européenne précise que cette actualisation s’appuie sur les évaluations du Groupe d’action financière (GAFI).
L’Union européenne ne fait donc qu’ entériner une décision déjà prise par le GAFI.
Le GAFI place sous suivi renforcé les juridictions visées, aussi appelées « liste grise ».
« L’identification de ces juridictions est un outil essentiel pour préserver l’intégrité du système financier de l’UE », a déclaré Maria Luís Albuquerque, coordinatrice de la Commission pour les questions financières.
Conformément à la directive européenne en vigueur, la nouvelle liste prendra effet dans un mois, sauf objection du Parlement ou du Conseil.
Les pays concernés devront maintenir un dialogue constant avec la Commission et poursuivre les réformes engagées.
Et la Côte d’Ivoire ?
Contrairement à ce que la publication européenne pourrait laisser croire, la présence de la Côte d’Ivoire sur cette liste n’est pas une sanction nouvelle.
En réalité, le pays avait déjà été inscrit en octobre 2024 sur la liste grise du GAFI, pour des insuffisances techniques dans son dispositif de lutte contre le blanchiment.
Dès cette notification, le gouvernement ivoirien a réagi.
Les autorités ont mis en place un Comité technique de coordination pour piloter les réformes, et elles ont organisé une série de rencontres du 16 au 26 décembre 2024.
Elles ont aussi adopté un plan d’action en 14 mesures.
À ce jour, elles ont partiellement traité 13 de ces actions, et elles considèrent qu’une est largement traitée.
Parmi les actions en cours, figurent la mise en place du comité de coordination national, chargé d’assurer le suivi des mesures correctrices, et le renforcement de la supervision financière, notamment à travers la Cellule de renseignements financiers (CRF).
Un objectif, sortir de la liste d’ici 2026
En octobre 2024, les autorités ivoiriennes ont fixé un objectif. Celui de sortir de la liste grise du GAFI d’ici fin 2026.
Le pays doit présenter son deuxième rapport de progrès en septembre-octobre 2025.
Cette échéance joue un rôle crucial pour permettre à la Côte d’Ivoire d’être retirée ensuite de la liste noire de l’Union européenne, qui suit les décisions du GAFI.
Une sortie dépendra des avancées techniques mais aussi de la volonté politique affichée.
Enjeux économiques et diplomatiques
Être sur cette liste signifie pour les États un renforcement de la vigilance des institutions financières européennes.
Les transactions avec ces pays font l’objet d’un suivi accru. Selon Bruxelles, il ne s’agit pas d’un isolement mais d’un signal d’alerte.
L’objectif est de protéger le système financier de l’UE et d’encourager les réformes.
Pour la Côte d’Ivoire, cela représente un défi diplomatique et économique, à l’heure où le pays cherche à renforcer son attractivité pour les investisseurs internationaux dans le cadre de son Plan national de développement.
Une dynamique globale
La Côte d’Ivoire ne constitue pas un cas isolé.
L’Algérie, le Kenya, Monaco, le Liban, la Namibie, le Nigeria, la Syrie, la Tanzanie, le Vietnam, le Yémen et le Zimbabwe figurent également sur cette liste, reflétant la dimension mondiale de cette démarche.
À l’inverse, plusieurs pays ont quitté la liste après avoir mené des réformes, comme le Sénégal, la Jamaïque, le Panama ou encore les Philippines.
Preuve qu’un engagement concret peut aboutir à une sortie.
En attendant, la Côte d’Ivoire continue de coopérer activement avec le GAFI.
Cette démarche porte ses fruits, car le GAFI a invité le pays à s’exprimer lors de sa plénière à Strasbourg en juin 2024.
Eirena Etté















