Côte d’Ivoire

Condamnation de Hubert Oulaye – La réconciliation nationale en pointillée, l’Accusation « satisfaite », Me Dadjé, « Seul importait le non-lieu »

Mis à jour le 18 septembre 2018
Publié le 27/12/2017 à 8:22
Les réactions n’ont pas tardé à tomber après la condamnation du ministre Hubert Oulaye à 20 ans de prison non ferme par la justice ivoirienne pour « meurtre et complicité de meurtre » de 18 personnes dont sept casques bleus de l’ONUCI dans l’ouest ivoirien en 2012.
 
« Je trouve que cette condamnation pourrait fragiliser le processus de réconciliation nationale entamée par le Président Alassane Ouattara et le gouvernement », réagit Mamadou Traoré conseiller régional RDR dans la Bagoué (Boundiali au nord de la Côte d’Ivoire), joint par Poleafrique.info. Selon ce cadre du parti au pouvoir dans ce pays, la décision de justice attisera une rancœur existante des partisans de l’ex-parti au pouvoir contre ceux actuellement aux affaires. « Elle ne fera que renforcer la haine des partisans de l’ex-président Laurent Gbagbo contre le pouvoir », soutient-il.
 
Ce mardi 26 décembre, aux assises de la Cour d’Appel d’Abidjan-Plateau, Hubert Oulaye a été jugé coupable. Il écope d’une peine de 20 ans sans mandat de dépôt selon le verdict rendu par justice ivoirienne en début de soirée. L’ex-ministre de la Fonction publique et collaborateur de Laurent Gbagbo l’ancien dirigeant de Côte d’Ivoire était accusé de « meurtre et de complicité de meurtre » de sept casques bleus dans l’ouest du pays. En 2012, moins d’un an après la crise postélectorale qui a profondément secoué le pays, de nombreuses attaques armées étaient enregistrées dans plusieurs endroits du territoire,  notamment dans la partie ouest frontalière du Libéria voisin. L’une d’elles fait de nombreuses victimes notamment sept  casques bleus de l’ex-Opération des Nations-Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). Selon des informations relayées dans la presse à l’époque, les investigations avaient démontré qu’il s’agissait d’un raid mené par des mercenaires libériens avec la complicité de personnalités ivoiriennes, notamment le ministre Hubert Oulaye dont le nom revenait très souvent dans cette affaire alors qu’il était encore en exil.
 
Cette condamnation tombée ce mardi suscite une protestation de la part de sa Défense. Me Ange Dadjé Rodrigue son avocat dénonce une « décision politique », et estime qu’il devrait y avoir un « non-lieu » pour « manque de preuves ».
 
« La décision d’équité c’était un non-lieu, parce qu’il n’y a aucun élément que l’accusation a produit concernant une quelconque preuve de complicité. Tant du ministre Hubert Oulaye que du jeune guéré. Pour moi ce devrait être un arrêt de non-lieu pur et simple. Et c’est ce qui est vrai. Cette décision de condamnation à 20 ans est une décision politique. Même les cinq procès-verbaux d’audition que la DST a synthétisés n’existent pas. Il n’y a que la DST qui synthétise les PV qui n’existent pas. Hormis cela, il n’y a aucun élément de complicité. Et quand je dis aucun, croyez-moi qu’il n’y en a aucun. Pour preuve, le fameux Didier Goulia à qui on aurait remis l’argent et qui serait allé le remettre aux mercenaires libériens, et qui est donc la pièce maîtresse de la complicité, n’a jamais été poursuivi. Il est venu ici librement et reparti librement. Si le complice principal qui est en rapport avec les prétendus libériens, n’est pas poursuivi, ce n’est pas le ministre Hubert Oulaye qui va se faire condamner pour complicité », révèle-t-il à la sortie de l’audience.
 
L’accusation elle se dit satisfaite de la décision. « Nous prenons acte de cette décision qui nous parait  tout à fait justifiée. Elle nous parait justifiée à l’aune des argumentaires que nous avons développés relativement à l’existence d’une connexion entre le ministre Hubert Oulaye, le chef du village de Kaadé et le nommé Boby Sapé qui est un des chefs libériens appartenant à l’un des commandos qui a attaqué l’ouest de la Cote d’Ivoire en 2012. Notamment les villages de Paha, Nigré et Saho. Pour nous donc cette décision va dans le sens de l’intime conviction des jurés qui ont délibéré à la majorité pour décider que monsieur le ministre était effectivement un des financiers de cette attaque », soutient pour sa part Me Diomandé Vafoungbé avocat de l’Etat de Côte d’Ivoire.
 
Du côté des défenseurs de droits de l’homme, l’on observe la réserve. « Nous attendons le pouvoir en cassation, et au terme de ce verdict nous allons nous prononcer », fait savoir à Poleafrique.info Adjoumani Kouamé le président de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme (LIDHO) tout en se gardant de commentaire.
 
Avec le ministre Hubert Oulaye, Maurice Djiré son coaccusé de 37 ans et originaire de Guiglo la ville natale du ministre écope aussi de la même peine. Il était accusé d’être un exécutant.
 
Richard Yasseu
Source : rédaction Poleafrique.info
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