Eco-business

Les vendeuses de poissons d’Abobo Doumé subissent les effets de la pandémie

Mis à jour le 3 avril 2020
Publié le 03/04/2020 à 6:27 , , ,




Au marché de vente de poissons d’Abobo Doumé à Abidjan Attecoubé, les effets du COVID-19 se font aussi ressentir. Le commerce a subi un changement, racontent des femmes de ce marché. 

Il est 9h ce vendredi 3 avril lorsque l’équipe de 7info.ci arrive au marché de poissons d’Abobo Doumé situé en bordure de lagune Ebrié dans la commune d’Attecoubé. C’est un site moins animé pour cette heure de la journée, que nous découvrons. Naguère, ce marché est bondé de monde. Commerçants et clients y affluaient.

A plusieurs points d’accès de ce centre commercial à ciel ouvert, des seaux d’eau et du savon sont disposés. Ce sont là l’une des mesures de prévention de la maladie à coronavirus.  » Nous obligeons les clients à se laver la main avant d’entrer dans le marché, au risque de ne pas être servi », signale d’entrée à 7info.ci, Naomi Sansan,  la présidente de la coopérative des femmes vendeuses de poissons au marché d’Abobo Doumé.

Ici, la distance d’un mètre entre gens recommandé y est impossible. Comme dans tout marché à ciel ouvert, la proximité entre les étals de fortune et l’étroitesse des allées l’imposent. Les salutations et autres tapes amicales sont donc courant. Pour autant les usagers ont conscience de l’existence du COVID-19.  » On sait qu’il y a coronavirus », fait savoir Nicole, une vendeuse assise derrière sa table sur laquelle se trouvent quelques poissons.

Çà et là, des femmes portent pour certaines des masques et pour d’autres des gants. On devise, on se taquine, on familiarise. Mais, derrière cette ambiance conviviale, existe une réalité financière. Le commerce ne tourne plus.

« Avant la maladie, tout allait bien. Mais depuis que des cas de coronavirus ont été détectés au pays, les clients ont peur. Nombreux sont ceux d’entre eux qui ont fait des stocks chez eux et qui, depuis ne reviennent plus ici. Cela joue beaucoup sur nos recettes journalières », confie à 7info.ci Geneviève Gbahé vendeuse de crabes. Autrefois, dit-elle, il lui était possible d’écouler jusqu’à 30 000 FCFA de fruits de mer. Mais c’est à peine aujourd’hui si elle arrive à vendre des marchandises d’une valeur de 10 000 FCFA.

Cette chute de recette est aussi ressentie par les piroguiers. « Nous avons toujours les mêmes clientes. Mais ce sont désormais les vendeurs de garba qui manquent à l’appel. Ils ont arrêté de vendre de l’attiéké, pourtant ce sont de gros clients. Cela fait que c’est un peu dur pour nous les piroguiers », révèle Esaï Miezan. Avant la pandémie, ajoute-il, il pouvait faire une recette journalière de 15 000 FCFA. Aujourd’hui, Esaï Miezan dit se contenter de 2000 à 3000 FCFA.

Si les difficultés liées au COVID-19 et les risques de contamination existent, cela n’altère pas la volonté de ces vendeuses de poissons. Chaque jour à l’aurore, elles prennent le chemin de leur marché. « La situation est difficile on le reconnaît, mais nous sommes des commerçantes et c’est avec cette activité que nous arrivons à faire face aux besoins de nos familles », soutient Sansan Naomi la présidente de la coopérative des femmes vendeuses de poissons au marché d’Abobo Doumé. Son association dit-elle compte environ 500 membres. Elle révèle qu’autrefois par jour, chaque femme pouvait avoir jusqu’à 80 000 FCFA. Mais avec l’avènement du coronavirus, il est difficile de vendre jusqu’à 40 000 FCFA.

Elle explique cela par la réduction des clients mais aussi par le manque de poissons. « Les poissons ne viennent pas, les pêcheurs n’exercent plus comme avant. Le couvre-feu est à la fois appliquée sur terre, comme sur l’eau. Il est interdit de  livrer et vendre des poissons au marché jusqu’à 18h pour des besoins de pulvérisation du site », explique Naomi Sansan.

En Côte d’Ivoire comme dans tous les pays touchés par la pandémie, toutes les activités sont à l’arrêt. Et l’économie en pâtie. Le gouvernement, pour permettre d’amortir les effets des mesures restrictives du confinement s’est engagé à soutenir la population et maintenir l’économie. Une enveloppe de 1 700 milliards FCFA va être dégagée pour la cause. Ce sont depuis le début de la maladie, 194 cas confirmés dont 15 guéris et un décès, enregistrés dans le pays.

Richard Yasseu

7info.ci

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