Que s’est-il réellement passé à Yamoussoukro le lundi 20 octobre 2025 et quelles en sont les motivations. À 7info, le ministre gouverneur de cette localité, Augustin Thiam, revient sur les faits ce mardi 21 octobre 2025.
« Les forces de l’ordre ne pouvaient pas rester sans réagir »
Augustin Thiam explique que tout est parti d’un incident impliquant un militant du PDCI-RDA.
« Jusqu’à ce jour, nous n’arrivons pas encore à mettre la main sur ce militant du PDCI. Mais parallèlement à cela, le ministre Diarrassouba et moi-même avons réuni nos jeunes pour leur demander de ne pas réagir », fait-il savoir.
Selon lui, les troubles ont véritablement éclaté dans la nuit du dimanche à lundi, lorsque des jeunes ont dressé un barrage au niveau du village de Morofet sur la Nationale 3.
« La Nationale 3 est une voie internationale. Un grand nombre de camions, notamment ceux en partance pour le Mali ou la Haute-Volta, traversent Yamoussoukro par cette voie. Il n’était donc pas possible de la laisser obstruée », a-t-il justifié.
Lorsque les forces de gendarmerie sont intervenues pour dégager la route, « des jeunes, tapis dans l’ombre, ont commencé à les attaquer avec des projectiles variés : pierres, cocktails molotovs, etc.
Les forces de l’ordre ne pouvaient pas rester sans réagir ».
C’est lors de cette opération que plusieurs jeunes ont été arrêtés, provoquant une série de réactions en chaîne dans différents quartiers de la ville.
« Ce n’était pas au départ un problème politique »
Le ministre-gouverneur souligne que les incidents n’étaient pas à l’origine d’ordre politique.
« Au départ, ce n’était pas, entre guillemets, un problème politique. Mais nous avons affaire à des gens qui semblent organisés et qui veulent politiser ce conflit.
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Nous essayons de nous y opposer », a-t-il précisé, tout en insistant sur la nécessité d’éviter toute récupération à des fins électoralistes à quelques jours du scrutin présidentiel du 25 octobre 2025.
Une mobilisation pour la paix et la prévention des violences
Augustin Thiam a rappelé les nombreuses initiatives entreprises depuis plusieurs mois pour maintenir la paix dans la capitale politique.
« Monsieur le préfet de région et moi-même avons rencontré les chefs de village de mon canton, à qui j’ai demandé de parler à leurs jeunes pour qu’ils ne s’enflamment pas.
J’ai ensuite réuni les présidents de toutes les associations de jeunes et de femmes des villages du district avec le même message de paix », dit-il.
Une nouvelle rencontre était d’ailleurs prévue cet après-midi avec les chefs de village, les présidents d’associations et les représentants de jeunes.
« Nous pratiquons le dialogue avec toutes les forces en présence et nous essayons, par tous les moyens, d’apaiser l’atmosphère », a-t-il assuré.
Des efforts de médiation locale ont permis, selon lui, de lever plusieurs barrages, notamment à Zatta, et Akwesekro, grâce à l’intervention directe des chefs de village.
« Nous ne désespérons pas de convaincre nos jeunes d’éviter de se laisser entraîner dans ce conflit », a-t-il ajouté.
« Une injustice peut se corriger, un désordre peut engendrer n’importe quoi »
Fidèle à la philosophie du père fondateur de la Nation, le ministre-gouverneur rappelle la célèbre maxime du Président Félix Houphouët-Boigny : « Je préfère l’injustice au désordre ».
« On ne peut pas demander aux forces de l’ordre et aux représentants de l’État de laisser le désordre s’installer. Une injustice peut se corriger ; un désordre peut engendrer n’importe quoi », insiste-t-il.
Il affirme toutefois que la répression n’était pas l’objectif.
« Nous dialoguons, nous essayons d’apaiser le climat par des rencontres et des échanges. Mais dans certaines situations, nous sommes obligés de réprimer.
Ceux qui ont été arrêtés doivent répondre de leurs actes devant la loi. Une éventuelle clémence viendra après que la justice ait tranché, mais pas avant », précise Augustin Thiam.
« Yamoussoukro doit rester la ville de la paix »
Le ministre-gouverneur lance un appel au calme et à la responsabilité.
« Yamoussoukro est la ville natale du Président Félix Houphouët-Boigny. Tous les symboles de paix y sont.
La Fondation pour la recherche de la paix, la Basilique Notre-Dame de la Paix, la Mosquée de la Paix.
J’en appelle donc à chacun : calmons-nous, asseyons-nous ensemble pour dialoguer, afin que ces élections se déroulent dans la paix et le calme, et qu’après, nous continuions à vivre ensemble, en bonne intelligence, comme nous l’avons toujours fait », conclue Augustin Thiam.
Tristan Sahi















