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Mali : 5 ans de gouvernance d’Assimi Goïta, entre avancées et incertitudes

Mis à jour le 18 août 2025
Publié le 18/08/2025 à 3:32 , ,

Cinq ans après le coup d’état militaire, le Mali d’Assimi Goïta reste tiraillé entre des acquis et des défis persistants. Depuis le 18 août 2020, les dirigeants ont multiplié des réformes, des choix stratégiques et des prises de position souverainistes. Mais le pays demeure plongé dans l’incertitude, entre aspirations de refondation et craintes d’un verrouillage politique.

 

Sécurité et souveraineté : le cœur du projet de Goïta

Dès son arrivée en mai 2021, Assimi Goïta a fait de la sécurité la priorité nationale.

L’armée a été renforcée par le recrutement de près de 10 000 hommes. L’outil de défense connaît la modernisation des équipements et la réorganisation des bases militaires.

Avions de combat, drones, véhicules blindés et nouvelles infrastructures ont été acquis, avec l’ambition de « reconquérir chaque parcelle du territoire ».

Les autorités affirment que le pays contrôle désormais son ciel et ses frontières.

« En 2012, le Mali avait perdu plus de 70 % de son territoire. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas », déclare Premier ministre Abdoulaye Maïga.

Toutefois, les attaques persistent dans certaines zones. Notamment le long des axes routiers, alimentant le doute sur la réalité du redressement sécuritaire.

Réformes institutionnelles et controverses politiques

La Transition a introduit une nouvelle Constitution, une Autorité indépendante de gestion des élections et une Loi électorale révisée.

Mais le choix, en mai 2025, de dissoudre l’ensemble des partis politiques a provoqué un tollé.

Le gouvernement assure vouloir « assainir et mieux encadrer » la vie politique, tandis que les opposants dénoncent un recul du pluralisme et un durcissement autoritaire.

La révision de la charte de la Transition, conférant à Assimi Goïta un mandat de cinq ans renouvelables à partir de 2025, renforce l’incertitude sur l’avenir démocratique du pays.

Plusieurs ONG évoquent un rétrécissement de l’espace civique, marqué par des arrestations extrajudiciaires et des restrictions des libertés.

Croissance et réformes économiques

Sur le plan économique, Bamako met en avant des indicateurs solides.

Ce sont une inflation contenue à 3,2 %, une baisse du chômage de 6,5 % en 2020 à 3,5 % en 2024, relance du coton avec une production record de 795 000 tonnes en 2021-2022, et réformes du secteur minier qui ont triplé les recettes publiques.

La création d’une raffinerie nationale d’or et le lancement des mines de lithium de Goulamina et Bougouni illustrent la volonté du Mali de mieux capter la rente minière.

Mais derrière ces chiffres, les Maliens continuent de se plaindre de la cherté de la vie et de la faiblesse du pouvoir d’achat.

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Crise énergétique et efforts de relance

L’électricité reste le talon d’Achille de la transition au Mali.

Depuis 2022, le pays fait face à des coupures massives, freinant l’activité économique et pesant sur le quotidien.

Si la fourniture s’est améliorée depuis mars 2025 (12 à 19 heures de courant par jour contre 6 auparavant), les centrales solaires promises accusent du retard et la dépendance aux subventions publiques reste forte.

Un repositionnement diplomatique assumé

La rupture avec la CEDEAO, scellée avec le Burkina Faso et le Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), marque un tournant dans la diplomatie malienne.

Le pays revendique une souveraineté retrouvée, notamment dans ses partenariats sécuritaires et économiques.

Mais cette orientation alimente l’isolement vis-à-vis de certains partenaires occidentaux et accroît la dépendance à de nouveaux alliés.

Un bilan contrasté

Cinq ans après la chute d’IBK, le bilan de la gouvernance d’Assimi Goïta reste ambivalent.

Sur le plan militaire et économique, des progrès notables sont observés.

Ce sont la montée en puissance de l’armée, des réformes minières, la relance de filières stratégiques.

Mais la persistance des attaques terroristes, la crise énergétique, le coût de la vie et les restrictions des libertés entretiennent le scepticisme.

Pour Alioune Tine, expert sénégalais des droits humains, « le Mali est vulnérable et la transition n’a plus de cap ».

Les promesses initiales d’une transition de 18 mois ont laissé place à une prolongation de cinq ans, renouvelable, sans calendrier électoral clair.

Le Mali d’Assimi Goïta se trouve donc à la croisée des chemins : entre consolidation d’une souveraineté revendiquée et risque d’un verrouillage politique durable.

Tristan Sahi

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