Analyses

Magistral : Alassane OUATTARA sort en beauté ! / Philippe Di Nacera

Mis à jour le 9 mars 2020
Publié le 09/03/2020 à 9:00 , ,

La stupéfaction générale est à la hauteur de l’événement : Alassane Ouattara a annoncé devant les députés et les sénateurs réunis en congrès qu’il ne se représentera pas au suffrage des Ivoiriens en octobre 2020 pour briguer un nouveau mandat présidentiel. Ce qui devait être un simple discours sur l’état de la Nation, tel que prévu par la Constitution, certes le premier mais dont on n’attendait pas énormément, s’est transformé en un véritable coup de tonnerre, en forme de discours d’adieu, teinté d’émotion, et assorti d’un bilan, aussi approfondi et exhaustif que possible, de son action à la tête de l’Etat depuis 2011.

Décembre 2020, on imagine la scène, inédite. On l’attend depuis soixante ans, on l’a tant rêvée. Alassane Ouattara sort d’un pas lent sur le seuil de l’entrée du palais présidentiel. Il s’arrête, se tient immobile, droit, sans laisser paraître le moindre signe. Que pense -t- il? Dans quelques instants ils ne sera plus Président de la République. Une limousine Mercedes s’avance lentement, stoppe devant lui. Un huissier en gants blancs en ouvre la porte arrière. Une silhouette sort du véhicule, c’est celle du nouveau chef de l’Etat élu. Les deux personnages se serrent la main. L’ancien et le nouveau se sourient, s’arrêtent un instant pour que les photographes prennent leurs clichés pour l’histoire, puis entrent ensemble dans le palais. Que se disent les deux personnages? Personne, sûrement, n’en saura jamais rien. Trente minutes plus tard, les deux hommes ressortent. Sourires, photos. Le nouveau prend la main de l’ancien et la lève au dessus de leurs têtes, comme si l’équipe nationale avait marqué un but. Cette image est en effet un but historique pour tout le pays. Cette fois, c’est Alassane qui entre dans la limousine. Il baisse la vitre, présente un visage plus que radieux à son successeur. La voiture démarre. Un signe de la main des deux hommes, et voilà, c’est fini. La continuité de l’Etat reprend son cours. Des urgences attendent déjà le nouveau Président pendant que l’ancien se dirige vers un repos bien mérité.

Cette image de la banalité de la vie républicaine marquera l’histoire de la Côte d’Ivoire. Grâce à cet homme, Alassane Ouattara, qui tel un maître du jeu d’échec, sortira ainsi par la grande porte. La Côte d’Ivoire et même tout le continent africain pourront le remercier. Par ce geste, il fait faire un pas de géant à la démocratie à un continent qui compte cinquante-deux Etats.

Le Président, par ce coup de maître, a donc surpris. Paradoxe suprême, il a surpris par l’annonce d’une décision que l’on connaissait déjà depuis bien longtemps. Dès sa réélection en 2015, n’a -t-il pas, en diverses circonstances publiques et privées, affirmé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat? Et depuis deux ans, n’a -t- il pas inlassablement répété qu’il voulait transmettre le pouvoir à une nouvelle génération de responsables politiques? Seulement voilà, on ne le croyait pas. Qui est ce « on »? Ceux qui, sans le connaître, ont toujours prêté des intentions malignes à cet homme qui a passé sa vie à prouver qu’il était le contraire de l’image exécrable qu’on voulait lui coller ; ceux aussi, et ils sont presque aussi nombreux que les Ivoiriens eux-mêmes, qui pensaient que dans leurs pays, « les histoires politiques finissent mal, en général », comme le scande une célèbre chanson. Ouattara met donc fin à cette malédiction. Sa sage décision le place derechef au niveau qui lui est dû dans le panthéon des dirigeants africains.

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La stupeur dans les travées du parlement et l’émotion manifeste du Président de l’Assemblée Nationale au moment de clore la séance, prouvent que très peu étaient dans la confidence. Le secret était bien gardé, la suite nous dira si le moment était bien choisi.

L’une des personnalités politiques les plus décriées avant son accession à la tête de l’Etat et les plus débattues, voire combattues, après, réussit sa sortie. Elle en obligera beaucoup, en Côte d’Ivoire, à changer de cible, voire à s’interroger pour eux-mêmes ; quant à l’extérieur du pays, il n’est impossible que d’autres Chefs d’Etat se sentent un peu piteux à côté de la grandeur de l’acte aujourd’hui accompli. Le bilan, déployé lors du discours, n’est pas non plus mince. Les journaux auront tout le loisir de le décortiquer, avec ses forces évidentes et ses faiblesses. 7info prendra sa part dans l’ analyses des deux quinquennats du président Ouattara.

Aujourd’hui, c’est la tonalité générale qui sonne comme un soulagement, les Ivoiriens et la Côte d’Ivoire toute entière remercient Alassane Ouattara. Ils lui disent merci et lui accordent volontiers d’avoir gagné sa place dans l’histoire. Aux autres maintenant, à la nouvelle génération, de faire fructifier ce cadeau politique de leur ainé, en pratiquant la politique sans outrance et sans drame.

Philippe Di Nacera

7info

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