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Les petits arrangements constitutionnels de Poutine pour rester au pouvoir

Mis à jour le 16 janvier 2020
Publié le 16/01/2020 à 1:59 , ,

Le pouvoir est « doux ». Et Vladimir Poutine ne dira pas le contraire. Dans un discours à la Nation ce 15 janvier, le chef du Kremlin a annoncé un changement de Constitution, à la surprise générale, qu’il soumettra à référendum, après avoir reçu la démission de son Premier ministre Dmitri Medvedev remplacé par un inconnu du grand public, Mikhail Michoustine, patron du fisc russe depuis 2010. Face à ce séisme, la question brûle toutes les lèvres : Pourquoi ?

2024 n’est pas loin, et lorsqu’on est au pouvoir, les années semblent filer comme les secondes. En 2024,  le mandat de Vladimir Poutine prendra fin et avec lui l’impossibilité pour lui de briguer un nouveau mandat présidentiel. Mais, le grand leader russe n’entend pas se retirer et semble manœuvrer en ce sens. Étonnamment, il a avancé son allocution présidentielle qui a habituellement lieu en mars.

Après avoir abordé la crise démographique, le chef du Kremlin a pris l’assistance de cours en évoquant une vaste réforme constitutionnelle. L’idée ? Accroître les pouvoirs du Parlement et du Premier ministre. Ainsi, le Parlement élira le Premier ministre, les ministres et vice-ministres. Des nominations que validerait mécaniquement le président. « Un changement significatif » dixit Poutine, et à raison puisque c’est la Douma, Chambre basse du Parlement, qui approuvait jusqu’ici les décisions présidentielles. Le président continuerait cependant à fixer les priorités du gouvernement et à nommer les responsables des organes de sécurité. Le but ? Permettre à la Chambre haute du Parlement de démettre de leurs fonctions les juges de la Cour constitutionnelle et des Cours suprêmes. Et le chef du Kremlin estime que « La Russie est mûre (pour passer à un régime plus parlementaire) ».

Aussi, la manœuvre permettrait-elle de renforcer les pouvoirs du Conseil d’État, composé de responsables nationaux et régionaux, qui « perdrait » alors son rôle consultatif pour devenir un organe décisionnaire.

Vladimir Poutine entend aussi limiter la fonction présidentielle à deux mandats, et non plus deux mandats « successifs ». Cette clause empêcherait en réalité son potentiel successeur d’agir comme lui. Exit la possibilité de briguer quatre mandats entrecoupés d’un interlude au poste de Premier ministre. Par ailleurs, le dirigeant russe projetterait de renforcer le pouvoir des gouverneurs et d’obliger tout candidat à la présidence à résider 25 années en Russie.

Dans cette perspective, le costume de chef de gouvernement sera sûrement trop large pour le chef du Kremlin. Celui de Premier ministre avec un Parlement largement dévoué à sa cause tombera mieux. Ou encore, un costume ajusté à l’italienne, à la tête d’un Conseil d’Etat puissant et contrôlant les organes de sécurité, les gouverneurs et éventuellement l’administration présidentielle.

Manuela Pokossy-Coulibaly

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