Analyses Politique

J’ai fait un rêve / Philippe Di Nacera

Mis à jour le 17 janvier 2019
Publié le 16/01/2019 à 5:54 , ,

La chambre de la Cour Pénale Internationale a donc décidé hier, en première instance, de disculper entièrement Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé des accusations qui pesaient contre eux : elle les a tout bonnement acquittés. Il faut dire que la procédure n’est pas close par cet épisode important puisque la Procureure Bensouda a décidé de faire appel de cette décision de justice. Cet appel est en cours d’examen et nous saurons prochainement, la date n’est pas précisée, s’il est recevable, ou pas.

Il convient tout d’abord d’avoir une pensée de compassion pour les victimes de la crise post-électorale, quel que soit d’ailleurs le camp auquel elles appartenaient. Si les juges ont acquitté l’ex-Président et son ancien ministre, ce n’est pas pour nier l’existence de ces victimes. Des exactions ont bel et bien eu lieu et il conviendrait que l’Etat de Côte d’Ivoire se penche davantage sur le sort des victimes afin qu’elles ressentent plus fortement les bienfaits de la solidarité nationale et que les responsables directs de leurs maux soit traduits devant la justice.

S’ils ont été acquittés, c‘est parce que l’accusation, estiment les juges, n’a pas réussi à apporter de preuves irréfutables que les accusés avaient été les donneurs d’ordres de certaines de ces tueries. La justice a ses règles. La CPI les applique. Sans preuve, pas de condamnation.

Sans présumer de la suite ou non de la procédure à la CPI (la cour peut encore refuser l’appel du procureur ou l’accepter, auquel cas elle devra se pencher sur les modalités de la libération des accusés), on ne peut nier que dans le cas de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, la justice soit passée. Elle a pris une décision d’acquittement. Certains s’en réjouissent, chantent et dansent pendant que d’autres, dépités, se souviennent et pleurent. Quoi qu’il en soit elle s’est bel et bien prononcée. On ne peut nier non plus que dans le cas de Madame Simone Gbagbo, également, la justice a parlé. Acquittée pour des accusations de crimes contre l’humanité, elle a été condamnée pour des infractions économiques.

Que peut faire le chef de l’Etat, si ce n’est prendre acte de ces faits? Il ne peut ni commenter ni contester les décisions de justice. Alassane Ouattara n’a cessé de répéter que la réconciliation nationale ne pouvait se faire sans la justice. Voici que celle-ci a dit le droit sur les cas des accusés les plus emblématiques. En tant que Président de tous les ivoiriens, c’est à lui d’en tirer les conséquences. A lui de tout mettre en œuvre pour que la justice et l’Etat Ivoiriens ne laissent pas tomber les victimes, toutes les victimes de Côte d’Ivoire. Mais aussi, seul le Président de la République, garant de l’unité nationale, peut saisir l’opportunité que représente la  décision de la CPI pour apaiser encore le climat entre majorité et opposition. Seul celui que le statut place « au dessus » des contingences et des chapelles partisanes peut faire les gestes et prononcer les mots qui permettront de tourner la triste page de la crise post-électorale de 2010/2011, afin que le pays, se tende à nouveau vers son objectif de développement, de mieux être de sa population et que 2020 ne soit pas un vilain bis repetita événements douloureux.

Le Président Ouattara n’a t’il d’ailleurs pas fait, en 2018, ce premier pas historique en accordant sa grâce à Madame Simone Gbagbo, qui depuis n’a en bouche que des paroles d’apaisement? N’a t’il pas ainsi ouvert la voie d’un retour serein de l’ex-Président Gbagbo dans sa patrie? N’a -t-il pas permis de créer les conditions d’une normalisation de la vie politique? Certes, mais il ne peut le réussir seul. C’est aussi une responsabilité de la classe politique dans son ensemble. La Grande Chancelière de Côte d’Ivoire, Madame Henriette Dagri Diabaté, la « Sage » de la République, lançait récemment au personnel politique, lors d’une cérémonie de vœux, ce vibrant appel : « Désarmez vos paroles! ».

Oui, l’acquittement des accusés de La Haye, au delà des suspicions et des haines, ouvre la voie au rêve d’une Côte d’Ivoire où il fait à nouveau bon vivre.Philippe Di Nacera
Directeur PôleAfrique.info

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