Côte d’Ivoire

Agroécologie- Des jeunes agripreneurs prônent l’autonomie par l’agriculture, Daniel Oulaï: « Dans dix ans l’agriculture ivoirienne va mourir »

Mis à jour le 23 février 2019
Publié le 23/02/2019 à 10:40 , ,




La 6eme édition du Festival de la Promotion des Activités Génératrices de Revenu (FEPRO AGR), se tient à Man les 21, 22 et  23 février 2019. A l’initiative d’un groupe de jeunes passionnés de l’agriculture cet événement est le plus grand rassemblement des agripreneurs de la Côte d’Ivoire.

 Selon les initiateurs, c’est le lieu de rencontres entre acteurs qui offrent des solutions d’accès au matériel agricole, à la technologie d’analyse des sols, aux semences, aux engrais bio, aux techniques innovantes d’irrigation, aux technologies de stockages et aux solutions de financement des chaînes de valeurs agricoles. « Cette édition se veut un programme atypique en Afrique francophone qui rapproche les startups et les entreprises du monde rural afin d’identifier les initiatives entrepreneuriales  innovantes portées par les jeunes du monde rural », indique Daniel Oulaï, commissaire général du FEPRO 2019.

Pour cette édition trois grandes innovations au programme, au dire de Daniel Oulai  de Grainothèque. «Nous avons trois grandes innovations, dont la première est le stage de formation agroécologique que nous avons offert à 50 jeunes venus de tous les horizons avec l’appui de la fondation allemande Friedrich Neumann. La deuxième innovation, c’est le prix d’encouragement avec la diaspora de l’Ouest, on a initié le prix du jeune agripreneur, le prix de la femme entreprenante dans l’agriculture, la meilleure coopérative de l’année. Ce sont des distinctions qui viennent féliciter le travail bien fait, encourager les prises d’initiative et actionner la volonté des jeunes à aller vers ce secteur qui est de plus en plus en paupérisation et enfin le lancement du projet mille agripreneurs, qui sera un mouvement national de jeunes en transition vers le monde agricole et qui décident d’un nouveau modèle d’entreprenariat agricole  qui crée la richesse et valorise l’acteur. Un agripreneur qui est compétitif sur le plan national et international. Nous voulons créer une nouvelle dynamique de jeunes qui vivent de leurs activités agricoles de façon décente », révèle le commissaire général.

« Quand nous parlons de jeunes agripreneurs, nous parlons de tous ces métiers alternatifs qui ont un lien avec le secteur agricole. Nous parlons de l’informatique qui donne des précisions intelligentes pour l’activité agricole, nous parlons aussi de ceux qui sont ferronniers qui arrivent à bricoler  pour le service du secteur agricole. Toutes ces personnes sont des agripreneurs. Elles participent à la dynamisation de l’agriculture. Donc avec elles nous mettons les énergies ensemble pour une réponse adéquate aux problèmes des petits paysans qui sont nos cibles » soutient le commissaire général de cet événement agricole.

Conscient de ce que le soutien des décideurs permettra de hisser à un rang plus honorable leur initiative, Daniel Oulai invite ses pairs à travailler pour mériter la confiance de ceux-ci. « Avant il était difficile de réunir les collectivités autour de vos initiatives. C’est une dynamique nouvelle et nous ne sommes pas dans une posture de rejet ou de  condamnation. Mais ce que nous disons aujourd’hui, c’est que nous jeunes, devons mériter notre confiance, mériter le soutien de nos élus, le soutien de nos autorités et nous,  nous travaillerons pour avoir le soutien et mériter la confiance de nos élus. Nous faisons des lobbyings auprès des collectivités pour qu’à l’édition prochaine nous ayons des fonds pour accompagner effectivement ces jeunes. Pour nous, il est temps de sortir des grandes théories, il faut aller vers des choses plus matérielles et tangibles qui permettent à ces jeunes de croire à nouveau à ce secteur », s’est-il  voulu  précis.

Cette initiative, selon Nathalie Coppeti, est à dupliquer. « C’est formidable de voir des jeunes prendre de telles initiatives. Il y a beaucoup de choses qui se passent à Abidjan et c’est un peu dommage. Parce qu’il faut redonner vie au monde rural de la Côte d’Ivoire. C’est en venant à la rencontre des jeunes, des communautés et des ces zones rurales qu’on va  créer tous ensemble un réseau global qui va correspondre à tout le pays. Tout se passe à Abidjan mais les terres ne sont pas à Abidjan. Je trouve que c’est formidable. Cela doit être reproduit plusieurs fois dans l’année et partout en Côte d’Ivoire. Chaque région a sa culture, ses us et coutumes, ses trésors et ses spécificités. Je pense qu’il est important d’aller  à la rencontre de chaque communauté pour leur dire, allons ensemble vers un avenir plus radieux, où chacun va s’épanouir parce qu’il aura son réseau, son business… Au lieu de s’enfermer  dans sa petite brousse », recommande-t-elle.

Par ailleurs, Daniel Oulai et ses pairs entendent faire de cette agriculture une alternative à la migration clandestine. « Les jeunes migrent parce qu’ils sont à la recherche d’un mieux-être. Quand tu travailles dans un secteur et que ton activité n’est pas valorisée, n’est pas rémunérée, la plantation appartient au père, le travail que vous faîtes n’est pas mesurable et pas valorisé, un moment va arriver, vous avez envie d’être responsable. Vous cherchez d’autres horizons. Le secteur agricole  est resté à l’étape paysanne, une agriculture familiale dans laquelle les jeunes s’y intéressent de moins en moins. Nous nous sommes dit qu’il faut repenser les choses. Si nous sommes à mesure d’offrir aux jeunes un mieux-être, ils resteront sur place. L’agriculture, c’est le seul secteur capable d’offrir des emplois à ces jeunes. Si nous laissons ces jeunes partir, dans dix ans, vingt ans  tout le système agricole va mourir. Ce sera un système avec une main d’œuvre vieillissante et mourante qui ne répondra plus au marché. Je l’ai dit et je le dirai toujours, l’agriculture est l’alternative pour maintenir nos jeunes et les dissuader de la migration irrégulière », a martelé le natif de Sangouiné.

L’édition 6 de FEPRO a vu la participation de plusieurs centaines de jeunes avec des invités de la France, du Bénin et du Togo. Il y avait des conférence, des panels de haut niveau, du parcours de l’entrepreneur, du marché des AGR et du Boot-camp, un programme de formation dédié à l’agroécologie.

Olivier Dan, Correspondant Ouest

 

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